Questions - Réponses ! Rima Ouyahia - AESH

Dans le cadre de la journée nationale du handicap (dimanche 9 octobre), nous avons donné la parole à Rima Ouyahia, accompagnante d'élève en situation de handicap (AESH).

Dans le cadre de la journée nationale du handicap (dimanche 9 octobre), nous avons donné la parole à Rima Ouyahia, accompagnante d'élève en situation de handicap. Depuis 11 ans au service des enfants, Rima Ouyahia nous aide à mieux cerner les enjeux de ce métier d'AESH, rouage essentiel à la bonne intégration des élèves et au bon fonctionnement de la classe.

Pour débuter, pourrais-tu nous présenter ton parcours professionnel ?

J’ai débuté en mars 2011 en tant qu’AESH (Accompagnant d’enfant en situation de handicap), mais deux ans en tant que C.U.I (contrat unique d’insertion) donc on va dire que cela fait réellement 9 ans que je suis AESH. Au départ j’avais postulé pour faire un remplacement en tant qu’enseignante, suite à un déménagement à Grenoble on m’a proposé ce poste. Je me suis dit pourquoi pas ? Allons-y même si j’avais quelques appréhensions, de plus dans un lycée.

J’ai donc débuté avec deux lycéens, c’était l’inconnu pour moi mais j’étais bien accompagnée notamment par des enseignants référents de scolarité qui s’occupaient de nous guider dans nos débuts, j’ai beaucoup apprécié et aimé ce métier.

Référente AESH, qu’est-ce que cela signifie ?

Normalement ce sont des AESH qui ont de l’expérience et vers qui les AESH se tourneraient pour avoir des conseils sur leur pratique, accompagnement, le suivi des élèves. Si elles ont des soucis avec l’enseignant ou les élèves, nous sommes là pour conseiller. On invite vraiment au dialogue, nous sommes des personnes ressources.

Revenons au métier d’AESH si tu veux bien, tu as suivi une formation pour devenir AESH ?

Non. Au début nous étions sur le terrain avec des collègues sans forcément connaître le métier mais deux ans après nous avons quand même pu suivre une formation d’adaptation à l’emploi, une formation de 60 heures proposée à nouveau en 2019 et plus approfondie. C’était très fructifiant pour nous car nous avons appris plein de choses.

Concrètement, on te dit que tu seras avec tel élève sur telle école. Quels sont tes premiers mots lorsque tu rencontres l’élève que tu vas suivre pendant une année ?

Cela dépend des établissements mais en général en début d’année on rencontre, avec toute l’équipe éducative, la famille avec l’enfant. On pose nos questions au sujet des difficultés et on s’appuie également sur des documents comme le GEVASCO (Guide d’évaluation scolaire délivré par la Maison départementale des personnes handicapées) que nous consultons. Les premiers mots avec l’élève sont : « Comment ça va ? Comment ça se passe ? Comment te sens-tu ? » Et puis on essaye d’établir des liens, une relation de confiance pour débuter sur de bonnes bases. C’est surtout que le début est une période d’observation, il est difficile de travailler d emblée. Nous sommes légèrement en retrait et on observe les élèves pour avoir plus de recul par rapport à notre travail, on tâtonne, on explore certaines pistes ou d’autres. Aujourd’hui une chose peut marcher mais pas demain. On essaye d’établir une relation de confiance.

« Ton élève, tes élèves », c’est comme ça que tu les appelles ?

Oui, mon ou mes élèves car nous avons souvent deux ou trois élèves à accompagner pendant une année. Ce sont plutôt des élèves car je pense malgré tout qu’il faut garder une posture professionnelle. Je suis son accompagnante, peut-être qu’ils nous voient comme des amies mais on essaye de maintenir malgré tout une certaine distance.

Quelles sont les missions d’un AESH ?

Elles sont multiples même si celle qui prime est le travail en vue d’une autonomie de l’élève. C’est très important d’aborder ce sujet car plus tard, il faut que l’élève puisse se débrouiller seul. Nous devons également accompagner les élèves dans les activités scolaires, les apprentissages, le relationnel afin qu’il ait de bons contacts avec ses pairs, les enseignants. Nous sommes là pour favoriser tout cela, pour son bien-être.

Quelles sont les qualités requises Rima pour être un bon AESH ? Avoir gardé son âme d’enfant ?

Son âme d’enfant, oui je pense que c’est important car il faut se rappeler que l’on travaille avec des jeunes, après je pense que le plus important est de surtout faire preuve de bienveillance, ainsi que savoir s’adapter.

Quels sont les secrets d’une prise en charge réussie, un lien fort avec la famille, avec l’équipe éducative ?

On le dit aux AESH, quand on rencontre les familles il faut qu’il y ait une tierce personne parce qu’avec la famille, parfois c’est compliqué. Certaines sont très exigeantes, il s’agit de leur enfant, elles sont inquiètes. Nous devons garder nos distances et rester professionnelles. C’est surtout le lien avec l’équipe éducative qui compte, il faut travailler main dans la main avec les enseignants, les CPE et tout le monde pour faire en sorte que cet élève réussisse.

Et ta position au sein de la classe. Est-ce que parfois il est difficile parfois d’être une adulte assise au milieu des enfants ?

Oui parce que les autres enfants pensent que Rima c’est une élève comme une autre. Non, nous sommes des adultes, et les enseignants, je suppose, comptent sur cet adulte là dans la classe, c’est un appui.

Est-ce que tu lèves la main parfois pour répondre ?

Oui, je lève la main comme un élève. Je le fais par correction pour ne pas gêner l’enseignant et pour faire en sorte d’être la plus discrète possible afin de ne pas empiéter sur le travail de l’enseignant. C’est compliqué, il y a parfois 28 élèves et c’est pour cela que je lève la main.

La phrase que tu dis le plus dans une journée, Rima ?

Écoute ton enseignant, arrête de parler, écoute et concentre-toi !

Il y a parfois des mauvais jours dans ton métier ?

Oui, j’en ai eu, des jours où on doute beaucoup. Les mauvais jours c’est quand l’élève refuse l’accompagnement, est dans l’opposition. Ces jours là c’est surtout quand l’élève revient de vacances, de week-end, quand il n’a pas envie de travailler. Il n’a plus envie de l’AESH, on entend plein de choses pas forcément agréables. Il faut prendre sur soi, se remettre en question ; est-ce que j’ai mal agi parce qu’il est comme ça ? Et avoir beaucoup de recul, c’est important aussi. 

Si tu avais une remarque Rima pour faire évoluer ton métier ?

Je l’ai dit tout à l’heure, pour améliorer les choses, il faut savoir communiquer. Communiquer avec les enfants et les adultes avec lesquels on travaille. Ce dialogue là et cette collaboration sont très importants pour que l’on puisse travailler sereinement. Pourquoi communiquer ? Car nous n’avons pas toutes les billes pour travailler. Si nous sommes seuls, isolés, on ne pourra pas trouver les meilleures solutions. Nous devons communiquer avec tous nos partenaires.

Rima, l’entretien touche à sa fin aurais-tu une chose importante à ajouter sur ton métier ?

Oui, moi j’aimerais dire aux AESH de rester motivés, de ne pas perdre espoir et de ne pas baisser les bras quand on n’a pas de bons résultats. Aujourd’hui on réussit et demain non, cela fait partie du métier. C’est tellement gratifiant de voir que l’élève a réussi à la fin de l’année et même s’il n’a pas réussi à 100%, de le voir motiver, c’est une récompense. On attend beaucoup d’encouragements de notre part pour ces élèves-là. J’en ai rencontré plus tard des élèves accompagnés à mes débuts, et voir qu’ils sont à l’université, c’est tellement gratifiant et valorisant pour nous.

Mise à jour : octobre 2022