Céline LASSERRE - Conseillère académique Cinéma

Rendez-vous avec Céline LASSERRE, Conseillère académique Cinéma

Les derniers seront les premiers ? On commencera donc par la fin, en l’occurrence le septième art, à l’affiche aujourd’hui. Céline Lassere nous guide dans ce monde « qui n’est pas une tranche de vie mais une part du gâteau » dixit monsieur Alfred Hitchcock.

Bonjour Céline Lasserre, que signifie conseiller académique cinéma ?

Le conseiller académique cinéma accompagne les enseignants et les établissements dans la mise en œuvre de projets d'éducation à l'image sur les cinq départements de l'académie. Je pense qu'il peut s'appuyer à la fois sur sa propre expérience d'enseignant où il a pu porter des projets dans son établissement, mais aussi s'appuyer sur des relais comme les différentes structures culturelles des différents territoires, mais aussi les chargés de mission qui sont vraiment très précieux à l'échelle du département. On accompagne également les établissements dans les dépenses de la part collective du pass Culture, il est important de voir comment celle-ci est ventilée entre les différents domaines artistiques. On fait connaître aussi des dispositifs liés au cinéma sur lesquels les enseignants peuvent appuyer, justement pour développer l'éducation à l'image dans leur enseignement.

Comment se traduisent vos actions auprès des enseignants et des élèves ?

Les enseignants peuvent nous contacter et réciproquement, ou nous pouvons joindre les établissements par le biais des référents culture présents dans chaque structure. Ils sont des relais pour faire connaître les projets possibles afin de favoriser l'éveil à la culture cinématographique. Nous sommes aussi force de proposition pour proposer des formations auprès des enseignants parce qu’ils ne sont pas tous familiarisés avec l'éducation à l'image, ni la grammaire du cinéma ou le langage cinématographique. On propose donc des formations aux enseignants pour qu'ils puissent ensuite avoir l'envie et les outils pour transmettre aux élèves.

Dans quelles mesures le cinéma permet-il de développer la sensibilité, la créativité et l’esprit critique des élèves ?

Je pense que le cinéma est un vecteur d'émotion qui ne fait que recréer le réel. Les genres sont assez variés comme le fantastique, la comédie ou du documentaire mais peu importe au final, il est toujours là pour réinventer le réel, donc forcément pour nous toucher. Je dirais ensuite que chaque film, du plus commercial jusqu'au film d’auteur, porte en lui un regard sur la société dans laquelle il est produit, et ça c'est important. Concernant le visionnage, c'est surtout une expérience assez collective de partage, surtout quand on va en salle, parce que l’on peut en discuter, échanger sur nos émotions. En effet, que l’on aime ou pas une œuvre cinématographique, elle ne nous laisse jamais indifférent.

Quelles sont les actions engagées dans l’académie pour inciter les élèves à aller au cinéma ?

Il y en a, vous vous en doutez, plusieurs. D'abord il y a les dispositifs nationaux tels que « Écoles et cinéma », « Collégiens au cinéma », « Lycéens et apprentis au cinéma », et mon rôle en tant conseillère académique cinéma, c'est de les faire connaître à l'échelle de l'Académie. Il y a aussi le prix Jean Renoir, « Écris ta série », les Césars des lycéens …, tous ces dispositifs nationaux sont mis à disposition des enseignants qui peuvent s'en emparer pour justement susciter le goût du cinéma. Il y a aussi l'organisation de rencontres et d'événements ponctuels tels que la sortie d'un film qui est accompagné pédagogiquement, pour susciter l'intérêt des enseignants qui en auraient besoin dans leur matière, mais aussi peut-être pour faire le lien entre plusieurs professeurs, afin qu'un film, au final, puisse favoriser l'interdisciplinarité. Je pense que c'est peut-être aussi le rôle aussi d'un objet filmique. Il existe aussi des ateliers qui se déroulent sur l'année où il y a de l'analyse, de la rencontre avec un professionnel, une résidence d’artiste, ce genre de choses.

S’il n’y avait qu’une action à retenir ?

Selon moi, les projets construits sur du long terme, avec les élèves, sont les plus importants ; avec la rencontre d’un réalisateur ou d’un scénariste pour concilier un moment de pratique, en plus des moments d'analyse et d'échange avec le professionnel. Pour moi, c’est vraiment le but ultime qu'il y ait une réalisation finale par les élèves. Mais à minima « École au cinéma », « Collégiens au cinéma », « Lycéens et apprentis au cinéma », permettent quand même de donner déjà ce goût du cinéma. Ces dispositifs nationaux sont réellement nécessaires, il faut qu'on les développe au maximum car c'est un premier pas avant de passer vers des projets plus poussés, vers de la pratique.

Qu’apporte le cinéma au pass Culture et vice versa ?

Concernant les élèves, je dirais que le pass Culture est une facilité pour sortir de la salle de classe et aller voir une œuvre au cinéma. Cela paraît tout bête, mais pour beaucoup d'entre eux, souvent, retourner en salle est parfois une redécouverte par rapport aux pratiques individuelles de visionnage qui se développent de plus en plus aujourd'hui sur son smartphone, sur son ordinateur, et que l’on ressent parfois même au sein de certaines familles. Le pass Culture permet de revenir vers ce partage collectif dans une salle de cinéma. Concernant les lieux et les structure de de cinéma, le pass Culture permet aussi de les faire connaître auprès des jeunes, car ils vont parfois aller vers les lieux les plus commerciaux, les plus attractifs ou médiatisés et moins dans certaines salles, par exemple art et essai, qui peuvent pourtant leur offrir tout autant.

Quel est pour vous le chef d’œuvre à voir absolument ?

Alors la notion de chef-d’œuvre n’est pas facile, elle est très subjective... Et puis un chef-d’œuvre ce n’'est pas forcément un film de patrimoine même si ça peut l'être … Juste pour préciser peut-être, pour qu’un film devienne un chef-d’œuvre, il faut qu'il y ait quand même une bonne grammaire de cinéma capable de nous emporter dans une histoire qui revisite le réel, et souvent, à l’issue d’une projection, on sait très vite si on est en face d'un chef-d’œuvre ou pas.

Pour essayer de répondre à votre question, j’ai revu, il y a deux ans, une version restaurée de « Nosferatu » en ciné concert, et effectivement là je suis ressortie, j'étais complètement bouleversée, et là, pour moi, il y a une notion de chef d’œuvre. Plus récemment, je dirais que « Anatomie d'une chute », la dernière Palme d'Or est un chef-d’œuvre, mais « Le règne animal » plus récemment, aussi par exemple. Si je reviens à ma première définition qui était de dire qu’un chef-d’œuvre, c'est un film qui est capable de mettre en œuvre une bonne grammaire de cinéma, alors il faut revoir tous les Hitchcock, parce que ça me paraît nécessaire pour celui qui veut comprendre le langage cinématographique.

Dernière question, quel serait, en quelques mot, votre rêve professionnel ?

Mon rêve professionnel ? Je dirais que de toute façon dans mon métier, dans tous les cas, pour moi, il n’y a rien de mieux que d’arriver au bout d'un projet avec les élèves et de voir leur fierté de présenter leur réalisation finale. Là je sais que j'ai atteint mon objectif et que je me suis réalisée en tant qu'enseignante parce que je suis conseillère cinéma, mais je suis enseignante avant tout, et je ne suis pas sûre que je pourrais faire ce métier si j'avais complètement abandonné l'enseignement par ailleurs.

Merci Céline Lasserre d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Mise à jour : février 2024