Valérie Védrenne, conseillère académique Patrimoine, Architecture, Musées

Rendez-vous avec Valérie Védrenne, conseillère académique Patrimoine, Architecture, Musées

Pour le troisième épisode de notre série, nous partons à la découverte du patrimoine, de l’architecture et des musées. Impressionnant sur le papier, Valérie Védrenne, nous initie à un monde des plus accessibles, « un héritage du passé dont nous profitons aujourd’hui et que nous transmettons aux générations à venir » *

Patrimoine, architecture, musées, vaste programme. En quelques mots de quoi s’agit-il et que signifie conseiller académique dans ces domaines ?

Conseiller académique dans les domaines de l’architecture, du patrimoine et des musées, c'est déjà une mission de conseil auprès des enseignants, et ce à plusieurs niveaux ; conseil dans des montages de projets, conseil pour les mettre en relation avec des partenaires, conseil également sur les dispositifs qui existent, soit au niveau de notre académie, soit à une échelle nationale, et ceci est valable pour les trois domaines.  Outre le conseil, ma mission consiste également à faire le lien entre le rectorat, les institutions, l’ensemble de nos partenaires culturels, les établissements scolaires, les enseignants, et au travers des enseignants, les élèves. Je suis à l'interface entre tous ces acteurs et suis aussi un relais de diffusion d'informations concernant les agendas culturels destinés aux enseignants et aux élèves. Relais d'information également des grands dispositifs nationaux, je pense à l'opération « lever les yeux » qui va concerner à la fois le patrimoine et l'architecture, ou encore les journées nationales de l'archéologie, en lien avec la DGESCO et la Mission artistique et culturelle (MEAC) à Paris.  Depuis cette année, il y a tous les mois des visios avec Paris sur les actualités et des échanges de pratiques avec les autres DAAC et mes collègues dans les autres académies. Cela permet de voir un peu ce qui se fait sur le territoire, d’autres fonctionnements, de piocher des idées, des conseils et de partager des pratiques.

Dans mes missions, il y a une spécificité relative au volet architecture, je suis également coordonnatrice du PREAC architecture, à savoir le Pôle de ressources en éducation artistique et culturelle. Pour la petite histoire, il n’y en a qu’un seul en France, c’est pour cette raison que je le mets en avant, c’est important pour notre académie. Cela signifie qu’ici, il y a un travail sur la grande Région Auvergne Rhône-Alpes, en coordination et relation étroite avec les académies de Lyon et celle de Clermont-Ferrand, ce qui veut dire aussi avec les partenaires, les institutions et les écoles d’architecture des trois académies. Ce volet consiste à des formations de formateurs. En effet, une autre de mes missions concerne l'ingénierie de formation et ce qu'on met en place dans l'accompagnement des enseignants.

Comment se traduisent vos actions auprès des enseignants et des élèves ?

Toujours au sujet du PREAC, concernant notre académie, il ruisselle sur des formations appelées des résonances et qui se destinent bien aux enseignants, parce que là on est concrètement sur du montage de projet plus ou moins grands en architecture, débouchant même sur des résidences d'architectes dans nos territoires.

Concernant le volet Patrimoine et Musées, cela recoupe, de manière générale, la politique DAAC, c'est-à-dire que on est dans l’accompagnement des classes à projets artistiques et culturels également dans les domaines du patrimoine, et cela fonctionne bien, comme dans l'architecture, pouvant aboutir également jusqu'à des résidences. On parle d'une envergure beaucoup plus grande qui va rayonner dans un établissement, toucher plus d'élèves et de classes. Dans le domaine du patrimoine, le forum d'archéologie scolaire est une autre action spécifique propre à l'académie de Grenoble. Il se tient la veille des journées nationales de l'archéologie, le 3e weekend du mois de mai, et touche des établissements du premier et second degré de la Drôme et de l'Ardèche.  Il s’agit d’un forum tournant avec des structures culturelles, notamment des musées qui accueillent des classes, où à la fois les élèves, le matin, vont valoriser leur travail en présentant aux autres leurs projets, et l'après-midi, il y d'autres structures présentes telles que l'INRAP qui vont faire vivre plein d'ateliers et de moments conviviaux.

Dans quelles mesures le patrimoine, l’architecture et les musées permettent-ils de développer sa sensibilité, sa créativité et son esprit critique ?

J’estime que les domaines du patrimoine et des musées sont intéressants parce qu'ils permettent aux élèves d'avoir un regard artistique sur notre histoire, sur l'histoire culturelle, en lien avec les usages et avec l'histoire des personnes. Cela prépare bien évidemment à une meilleure compréhension des époques précédentes et de notre monde actuel et par conséquent, peut-être aussi, à développer l'esprit critique ou une ouverture d'esprit pour préparer l'avenir, car je les vois aussi comme de jeunes futurs citoyens. Et puis dans le domaine de l'architecture, comme dans le domaine du patrimoine, il y a à chaque fois des ateliers pratiques qui vont permettre de développer des compétences, et sensibles, et créatrices, souvent en groupe. Cela permet donc de travailler sur du collaboratif, d'être ouvert vis-à-vis de leurs camarades, de l'autre, et donc de travailler des compétences de savoir être. Enfin dernière chose, ces domaines, n'étant pas des matières qui sont enseignées en tant que telles à l'école, permettent de favoriser des projets interdisciplinaires et donc évidemment, de favoriser des projets de cohésion dans les établissements.

Quelles sont les actions engagées dans l’académie pour inciter les élèves à aller à la rencontre du patrimoine, de l’architecture, et des musées ?

En architecture, je vais prendre deux exemples. Le premier s’est tenu l’année dernière en Ardèche avec un dispositif intitulé « Les paysages forment la jeunesse », monté avec la DSDEN et le CAUE de l'Ardèche, le PNR entre autres, et puis des associations locales. Il a duré 5 ans et était également appuyé par les CTEAC , donc dans des territoires éloignés de la culture. Des architectes se déplaçaient dans les établissements et travaillaient des questions d'approche du paysage, du patrimoine et de l'architecture, le tout sur des paysages de proximité.

Ce dispositif, comptant chaque année plusieurs classes de quatre établissements scolaires a favorisé de beaux projets en collège, avec parfois des liaisons en école primaire également quand c'était possible.

Il existe un autre dispositif en place, là aussi en lien avec la DSDEN et le CAUE de l’Isère, ainsi que la ville de Grenoble, qui s’intitule « La tour Perret se raconte ». Il concerne des élèves de l’agglo mais avec un énorme maillage des écoles primaires, cycle 3, en lien chaque fois avec des collège et des lycées également, généraux ou même professionnels, voire même des sections à Argouges qui sont en enseignement supérieur. En effet, des classes de DN Made (diplôme national des métiers d'art et du design) ont participé au projet avec notamment la parution du journal : « La Tour Perret se raconte ». Il y a eu trois éditions et là on arrive un petit peu en fin de dispositif, donc là les élèves seront plus sur la communication de la réouverture de la tour. Au bout des 6 ans, on aura quasiment maillé toutes les écoles de l’agglomération grenobloise et d'autres établissements du pays voironnais, notamment, qui ont pu participer aussi à ce dispositif. Cela me semble être une belle cohésion et un exemple qui pourrait inspirer d’autres territoires.

S’il n’y avait qu’une action à retenir, ce serait donc la réhabilitation de la Tour Perret ?

Oui, ce serait celle-ci puisqu'elle est encore d’actualité.

Qu’apportent le patrimoine, l’architecture et les musées au pass Culture et vice versa ?

On va dire que le côté collectif du pass Culture permet, grâce au financement justement, d'aller beaucoup plus à la rencontre, peut-être de lieux qui font un peu peur aux élèves, donc de les amener vers quelque chose de moins élitiste et de voir que l’on peut y accéder facilement. Ce qui permet de rebondir sur le pass individuel, car une fois habitué à des lieux de culture et qu'on prend du plaisir à les visiter, on peut retourner les voir plus facilement. Il y a néanmoins une petite réserve sur la part individuelle liée au fait que beaucoup de choses sont gratuites pour les jeunes dans ces domaines-là.

Concernant l’apport au pass Culture, puisque c'est aussi dans ce sens-là, peut-être une ouverture. En effet, c’est dire qu’il existe des financements culturels qui ne sont pas ouverts que sur les arts vivants ou le cinéma, souvent les premiers choix pour les jeunes.

Le chef d’œuvre patrimonial, architectural et le musée à connaître absolument ?

Mon coup de cœur, je vais reparler de la tour Perret parce qu’elle rouvre en mai 2025, c’est le côté local qui parle. C’est la première tour en ciment prompt construite au monde, et à ce moment-là elle était rattachée à l'exposition de la Houille blanche et au développement du tourisme à Grenoble. Elle représente donc une découverte du territoire économique et touristique. Pour la réouverture, on parle de 100 ans après, il y a aussi énormément d'actions qui seront menées, en culture scientifique notamment, pour fêter cet anniversaire. Pour moi c'est un bâtiment symbole qui relie à la fois le côté innovant de l'époque mais aussi innovant actuel, puisque c'est la première fois que l'on restaure un bâtiment construit en ciment prompt. Il s’agit d’un gros défi pour les architectes et pour toutes ces découvertes de métiers, donc cela a forcément été un peu compliqué pour eux.  Et puis j'ai eu la chance de la visiter de l'intérieur et je pense que pour les élèves qui vont pouvoir en faire de même, c'est une véritable expérience sensorielle. Je conseille vraiment l'aspect extérieur mais on bascule dans un monde de lumière à l'intérieur, alors c'est sûr il ne faut pas avoir le vertige, mais on est dans une vraie émotion sensorielle quand on est à l'intérieur, une vraie émotion sensorielle de voir nos montagnes à 360°. On voit toutes les montagnes qui nous entourent mais avec des points de vue différents, c’est magnifique.

Dernière question, quel serait, en quelques mots, votre rêve professionnel ?

En quelques mots, ce serait de pouvoir continuer à la DAAC et, dans les années à venir, partager beaucoup plus au niveau des ressources que je peux mettre à disposition des enseignants. Ça c'est un peu mon dada parce que je suis aussi enseignante en arts plastiques en collège, et je vois mes collègues, pris dans le rythme du fonctionnement de leurs classes, parfois ne pas avoir le temps d'aller chercher certains contenus. Il y énormément de ressources que l'on peut mettre à disposition, et ça c'est quelque chose que j'aimerais pouvoir développer.

Merci Valérie Védrenne d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

* « Le patrimoine est l’héritage du passé dont nous profitons aujourd’hui et que nous transmettons aux générations à venir. Nos patrimoines culturel et naturel sont deux sources irremplaçables de vie et d’inspiration. »

UNESCO, Convention de 1972

Mise à jour : février 2024