Questions - Réponses ! Samuel Picco, DDFPT

La voie professionnelle selon Samuel Picco, Directeur Délégué aux formations Professionnelles et Technologiques au lycée Germain Sommeiller d'Annecy.

DDFPT, et si vous nous en disiez un peu plus sur vos fonctions dans l’établissement ?

Mes fonctions dans l’établissement se rapportent aux missions des DDFPT en général. Mon agenda actuel est particulièrement occupé par l’organisation des enseignements professionnels, car nous sommes dans une période de clôture d’une réforme mise en place il y a trois ans et qui vise à être stabilisée. Nous travaillons également sur la rénovation de diplômes. Sur les trois dernières années, cinq diplômes ont été rénovés, avec des contenus qui ont quelque peu évolué. Notre lycée a connu récemment deux ouvertures de sections, d’où la nécessité d’accompagner l’évolution de l’organisation des emplois du temps et l’aménagement des plateaux techniques. Enfin, la dernière actualité sur laquelle nous travaillons est le développement de l’apprentissage dans l’établissement.

Un agenda chargé pour vous actuellement puisque du 5 au 9 décembre, c’est la semaine des lycées professionnels. En quoi consiste cette semaine ?

L’objectif de cette semaine est de promouvoir la voie professionnelle, d’essayer de faire connaître autant que possible des métiers qui peuvent être en décalage avec la voie de formation générale. L’agenda est effectivement chargé, mais guère plus que d’habitude, car faire connaître la voie professionnelle et la valoriser est notre quotidien tout au long de l’année scolaire. À différents échelons, nous sommes vraiment impliqués dans la valorisation de nos filières de manière à apporter le plus d’informations possibles aux jeunes élèves.

Justement, quelles actions menez-vous tout au long de l’année pour valoriser la voie professionnelle ?

Tout d’abord ce sont beaucoup d’actions d’information. Chaque année nous accueillons dans notre établissement environ deux cents élèves de collège ou de lycée dans le cadre de mini stages, pour leur faire découvrir nos différentes filières et les différents métiers qui peuvent en découler. Nous organisons également des immersions au fil de l’eau tout au long de l’année pour accompagner des jeunes qui sont en projet de réorientation. Nous intervenons également dans des collèges, à la demande, pour participer généralement à des forums d’orientation ou d’autres interventions en classe. Chaque année, nous accueillons des professeurs principaux de collège pour les informer car ce sont des acteurs essentiels de l’orientation des collégiens, sans oublier nos journées portes ouvertes et ensuite différents dispositifs sur l’accueil de maîtres de stage, de maîtres d’apprentissage pour essayer de rapprocher autant que possible nos contenus de formation des problématiques qui sont celles de l’entreprise.

Quelles sont les filières proposées au sein de votre lycée ?

Dans notre établissement, nous proposons quatre domaines.

Un premier qui tourne autour de la restauration avec un CAP service en restauration, un autre autour du pôle sanitaire et social avec deux bacs pros animation-enfance personnes âgées et accompagnement soins services à la personne. Le troisième est un pôle industriel qui prend de l’ampleur ces deux dernières années avec un bac pro électrotechnique pilote de ligne de production qui vient d’ouvrir et un bac pro sur la maintenance des systèmes de production connectés. Notre dernier pôle concerne la mode et le spectacle avec des CAP, bac pro, BTS sur les métiers de la mode/vêtements. Il s’agit d’une formation très spécifique complémentaire à une formation d’initiative locale sur les articles techniques et les vêtements outdoor et enfin un diplôme de niche intitulé diplôme de technicien des métiers du spectacle où l’on forme des habilleurs.  

Rencontrez-vous des difficultés pour remplir vos filières ?

Pas trop. Notre taux de remplissage à l’heure actuelle est de plus de 90%. Certaines filières sont très attractives, d’autres beaucoup moins, notamment les filières industrielles qui souffrent d’un déficit d’image connu par de nombreux établissements industriels. C’est très variable d’une filière à une autre.

Diriez-vous que vos élèves sont heureux en voie professionnelle ?

Comme dans la voie générale ou technologique, nous avons des élèves qui sont heureux, épanouis, et d’autres moins. C’est notre travail quotidien d’accompagner les élèves et faire en sorte qu’ils soient heureux et bien à leur place. Nous essayons de développer autant que possible de la motivation et de l’ambition chez nos lycéens. Certains s’y retrouvent, d’autres moins, mais dans la grande majorité les élèves se sentent bien dans notre établissement.

Vos élèves réussissent-ils en voie professionnelle ?

On a une majorité de réussite, et heureusement. Nous travaillons avec nos élèves les savoir faire professionnel mais surtout la posture, la motivation, la curiosité, c’est tout ce qu’on essaye de développer. Ce n’est pas toujours simple avec nos publics, mais globalement nos élèves sont heureux, se sentent bien, et on arrive à faire ce que l’on veut pour les accompagner.

Après le lycée, vos élèves continuent-ils en études supérieures ou entrent-ils directement sur le marché du travail ?

Nous avons différents types de profils. À l’échelle de notre établissement, 50 à 60 % d’élèves s’engagent en études supérieures, c’est relativement important. Généralement, pour des études qui sont plutôt courtes, cela peut être des spécialisations en sortie de bac pro ou des études plus longues type BTS voire BUT en lien avec l’université Joseph Fourrier, une école spécifique réservée aux bacheliers professionnels. C’est relativement variable, certains se spécialisent, d’autres s’engagent dans des études plus longues, et une part importante de nos élèves s’insère directement professionnellement.

La voie professionnelle, c’est une voie d’avenir ?

Je ne sais pas si c’est la voie d’avenir ou la voie du passé, la posture doit être tournée vers l’avenir, être curieux, motivé, osé… ce sont les clés de la réussite. La voie professionnelle a toujours permis à certains jeunes de s’épanouir et de réussir, ce le sera dans le futur, j’en suis persuadé et je le souhaite.

C’est la voie d’avenir ? Forcément car certains métiers se spécialisent, je pense à l’électrotechnique par exemple où 50% des métiers du futur ne sont pas connus et qui évoluent. Nous sommes au plus proche de la réalité et du terrain, et dans ce cadre-là oui, on peut effectivement considérer que la voie professionnelle est une voie d’avenir.

Comment procédez-vous pour renouveler vos filières ? Qui vous guide ?

Les établissements scolaires en voie professionnelle s’appuient sur des référentiels pédagogiques écrits par et avec les branches professionnelles. Il me semble que nous sommes plutôt en phase et n’avons rarement une longueur de retard. Nos formations offrent aussi la possibilité de pouvoir travailler spécifiquement certaines compétences émergentes voire certaines technologies nouvelles. Nous assurons la veille et sommes toujours en contact avec les entreprises, ne serait-ce qu’à travers la visite de nos élèves en stage, donc le lien entre l’entreprise et les formateurs ou professeurs en voie professionnelle est constant.

Le lien avec l’entreprise pourrait résumer à lui seul la formation professionnelle ?

Ce lien est absolument essentiel. Il n’y a pas de formation professionnelle sans insertion professionnelle dans les entreprises, c’est là où elle prend tout son sens. Nous sommes fortement liés et c’est très bien comme ça.

Avant de conclure, une remarque ou une réflexion à ajouter sur la voie professionnelle ?

J’aimerais ajouter un petit mot au sujet de l’orientation. Souvent elle fait peur et angoisse alors qu’elle doit être dédramatisée. Maintenant l’orientation se fait tout au long de la vie, nous avons par exemple des adultes en reconversion. Le droit de se tromper d’orientation existe. La vie est faite d’expériences plus ou moins bonnes qui permettront à chacun de construire un projet d’orientation et ainsi trouver son équilibre autant personnel que professionnel.

Dernière question, un peu plus légère, c’est l’instant récré, quel a été votre meilleur souvenir à l’école ?

Le jour où j’ai appris ma note de français au baccalauréat en fin de première, j’ai pu brillamment décrocher un 12 sur 20 et j’en suis extrêmement fier.

Vous vous attendiez à moins ?

Je m’attendais à beaucoup moins compte tenu de mon profil et mes capacités (rires).

Mise à jour : décembre 2022