Jean CHOURRY- Conseiller académique Musique et voix

Rendez-vous avec Jean CHOURRY, Conseiller académique Musique et voix

Pour le deuxième opus de notre série, nous avons pu échanger avec Jean Chourry, conseiller académique musique et voix. Il nous accompagne dans son univers avec entrain et sourire de rigueur. Et oui, c’est bien connu : « la vie c’est plus marrant, c’est moins désespérant, en chantant… »

Jean Chourry, bonjour, que signifie conseiller académique musique et voix ?

Selon moi, il s’agit d'apporter l'éducation artistique à tous les publics, qu’ils soient éloignés géographiquement, culturellement ou socialement de la culture, tout en visant peut-être des publics spécifiques tels que les lycées professionnels où justement l'aspect éducation artistique et culturelle est peu développé, voire des dispositifs particuliers comme les primo arrivants et les élèves décrocheurs. C’est une partie importante de cette mission, mais on vise aussi développer la dynamique de maillage académique, d'où l'importance d'avoir des partenaires artistiques de qualité qui puissent assurer ce rayonnement. Pour ce faire, on s'appuie sur tout un réseau, notamment musique, de professeurs relais pour être au plus proche du territoire.

Comment se traduisent vos actions auprès des enseignants et des élèves ?

L’idée, qui correspond au choix de notre mode de fonctionnement dans le domaine de la musique et voix, est de proposer de la formation, avec comme objectif de déboucher sur des projets d'élèves. C’est un aspect très important et largement développé dans le domaine de la musique et voix. Ces formations peuvent être académiques ou déclinées en formation établissement de bassin, afin que des équipes pédagogiques soient préparées et puissent développer des actions auprès des élèves. Avoir l'élève en ligne de mire est essentiel dans notre travail. L’idée est de ne pas être dans une pédagogie descendante, mais de partir du territoire pour construire un projet au bénéfice des élèves, et pour répondre à l’objectif 100 % EAC.

Dans quelles mesures la musique et la voix permettent-elles de développer sa sensibilité, sa créativité et son esprit critique ?

Disons que la musique a cette spécificité d'être déjà une matière artistique en soi, puisqu'elle est enseignée obligatoirement au collège et qu'il existe des enseignements d'option et de spécialités au niveau des lycées. Il y a donc cette habitude d'impliquer l'élève dès le départ du projet, de le placer au centre de celui-ci dans des activités de création, ce qui signifie que l'on part de ses capacités pour créer et développer ainsi d'autres compétences d’élèves.

Quelles sont les actions engagées dans l’académie pour inciter les élèves à aller à la rencontre de la musique et de la voix ?

Une des actions importantes menées depuis 3 ans dans l'académie au niveau de la musique, dans le cadre de la mise en place du plan chorale, correspond à un travail collaboratif avec le CREA, la création vocale et scénique d’Aulnay-sous-Bois. Il s’agit d’une structure pilier reconnue par la DGESCO. Nous collaborons avec ce partenaire artistique, et notamment son fondateur Didier Grojsman, à proposer des formations pointues. Ainsi, récemment, 25 enseignants de l'académie ont pu bénéficier de 80 heures de formation, devenant eux-mêmes des formateurs de territoire pour développer la philosophie du CREA.  Cela s’est traduit l'an passé mais également cette année par 15 projets différents sur l'ensemble des cinq départements de l'académie autour d'une conception du CREA. Les perspectives sont également de faire du lien avec le premier degré, qui est une priorité pour la DAAC, mais aussi proposer une création d'opéra à destination des élèves de l'académie.

S’il n’y avait qu’une action à retenir ?

Certes, il y en a plusieurs, mais je retiendrais Mission opéra qui a été développée à Valence au lycée professionnel d'Amblard où nous avons accompagné, dans le cadre de la convention d’opéra de Lyon, une chanteuse lyrique avec un prof relais musique et voix. Il s’agissait de soutenir des enseignants et des élèves afin de développer un projet dans le cadre de la mise en place du plan Chorale. Ainsi, il y a 6 ans, un projet de chorale a vu le jour au lycée Amblard autour d'élèves allophones et du lycée professionnel. Depuis 6 ans, ce projet s'est développé au sein même des trois autres lycées pros de Valence, et ainsi est née une chorale inter établissements impliquant également la CHAM du collège Paul Valéry de Valence. Pour la petite histoire, ce projet est né suite à une formation académique demandée par une enseignante. Nous avons accompagné l'équipe pédagogique au plus près en proposant différents stages de qualité, notamment auprès de l'Opéra de Lyon. Cette action est emblématique pour nous parce qu’elle correspond exactement à comment peut rayonner un projet, à partir du moment où il part du territoire et qu'il est associé à des partenaires de qualité, et soutenu par la DRAC, notre service de l'État. C’est hyper important parce que c'est modélisant pour essayer de développer la mission opéra ailleurs sur le territoire.

Qu’apporte la musique et la voie au pass Culture et vice versa ?

Enormément puisque c'est quand même une liberté financière, enfin du moins une enveloppe financière importante dotée à chaque établissement et qui permet, lorsqu'il est bien axé sur des projets éducation artistique et culturelle, de mener des actions fortes en musique avec beaucoup de liberté. Nous avons d'ailleurs voulu privilégier la réalisation d’un travail spécifique avec le pass Culture, puisque nous avons, avec les professeurs relais, établi une liste de partenaires particuliers avec qui nous travaillons. Cela se traduit par des programmations, dans les établissements, de concert qui sont alliés à de la pratique corporelle afin que les enfants vivent pleinement des activités EAC. Cette animation est aussi menée au sein même du rectorat de Grenoble, puisqu’un début de programmation a eu lieu les 10 et 11 janvier à l'auditorium du site Champon, avec des propositions de concerts ouverts à différents établissements de l'agglomération grenobloise.  Les trois séances proposées ont réuni environ 450 élèves, et une autre journée de ce type est également prévue le 8 mars à l’occasion de la journée la femme. Le pass Culture permet de financer ces actions. Nous avons également pu les ouvrir vers les élèves du premier degré afin d’établir des passerelles, essentielles pour nous dans nos priorités que sont de faire la liaison entre 1er/second degré et collège/lycée.

Le chef d’œuvre musical et vocal à connaître absolument ?

Pour moi, le chef d'œuvre, c'est le rapport privilégié qu'un élève peut avoir lors de la rencontre avec des artistes de grande qualité. Élèves ou adultes d’ailleurs, c'est la même chose. Je reste convaincu que cette rencontre artistique avec de grands artistes est le meilleur moyen pour se construire au mieux. Ensuite, pour jouer sur les mots avec un clin d’œil au chef d’œuvre du bac professionnel, je reviens sur le projet d'Amblard où justement les élèves inscrivent cette action chorale dans le chef-d'œuvre. Comme ce sont des jeunes qui pratiquent énormément dans le cadre d'une semaine de résidence, ils sont tellement imprégnés, tant au niveau du corps que de la voix, qu’ils peuvent se produire face à tout public.

Dernière question, quel serait, en quelques mot, votre rêve professionnel ?

En quelques mots… qu’enfin, il existe les gymnases de la culture.

Merci Jean Chourry d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

 

 

Mise à jour : février 2024