La journée internationale des personnes handicapées a fêté ses 30 ans, le bel âge !

Photo (unesco) montrant un mur peint avec l'alphabet langue des signes pour les malentandants

Depuis 1992, à l’initiative de l’Organisation des Nations-Unies, chaque 3 décembre est dédiée aux personnes handicapées. Avec en ligne de mire le soutien pour la dignité, le droit et le bien-être. Une journée internationale déclinée sur le plan national et académique.

3 décembre  journée nationale des personnes handicapées

 

Depuis 1992, à l’initiative de l’Organisation des Nations-Unies, chaque 3 décembre est dédiée aux personnes handicapées. Avec en ligne de mire le soutien pour la dignité, le droit et le bien-être. Une journée internationale déclinée sur le plan national et académique.

Victorien Stoll est l’interlocuteur privilégié pour évoquer le sujet. Correspondant handicap au sein de l’académie de Grenoble, il nous dévoile les dessous de ce rendez-vous mais surtout les actions menées au quotidien pour améliorer les conditions de travail des agents atteints de handicap.

Victorien, bonjour. Pour débuter, pouvez-vous préciser vos fonctions au sein du rectorat ?

Je me considère un peu comme un point information handicap pour toute l’académie, tous les services, tous les agents et même des personnes extérieures à l’académie. Mon rôle est de pouvoir donner un premier niveau d’information au personnel et les orienter vers les services compétents. Je m’occupe également de faire remonter des statistiques au niveau du ministère concernant les travailleurs handicapés et, chemin inverse, de diffuser la politique handicap nationale auprès des académies.

Depuis 30 ans que cette journée existe, les lignes bougent ? Les mentalités évoluent ?

Oui, je dirais que les lignes bougent car on aborde de plus en plus cette thématique dans les médias. Cela permet de prendre conscience que l’on peut vivre une situation de handicap à un moment donné de sa vie et surtout, aujourd’hui, dans le travail, on intègre ou on maintient dans l’emploi des personnes avec un handicap et des problématiques de santé.

Pas assez vite selon vous ?

On peut différencier ici le public et le privé. Il y a des choses positives et négatives de part et d’autre mais il est vrai que cela évolue plus lentement en ce qui concerne la fonction publique. Il y a encore beaucoup de préjugés sur le handicap, certains personnels ont un peu peur d’êtres reconnus handicapés ou bien de travailler avec des personnes handicapées. Contrairement au privé où aujourd’hui on accepte plus facilement le handicap... mais en contrepartie, il existe une tendance à licencier plus facilement à la moindre inaptitude. De ce côté, c’est positif dans la fonction publique où on fait le maximum pour garder les personnes handicapées dans l’emploi.

Quels sont les barrières, les préjugés que vous évoquiez ?

Cela peut-être une charge de travail supplémentaire pour les autres car si la personne en situation de handicap ne remplit pas ses missions, celles-ci sont re-dispatchées entre les collègues. On peut aussi rencontrer des problématiques de lenteur dans la tâche, incompatibles avec certains rythmes de travail. Dans certains établissements scolaires, des personnes travaillent à temps partiel, et soit pour des raisons financières, soit pour des problématiques de recrutement, il n’est pas possible de compléter le temps manquant. Cela peut générer des tensions au sein des établissements.

Voir la personne avant de voir le handicap, c’est l’objectif général de la journée ?

Oui tout à fait. À ce sujet, j’ai une anecdote sur le recrutement Bénéficiaire d’obligation d’emploi (BOE), qui est un recrutement dédié aux personnes en situation de handicap. Il permet à un contractuel ou à une personne issue du secteur privé d’intégrer la fonction publique sans passer le concours. Il y a un dossier à remplir et un entretien à passer. L’an dernier, au cours d’un entretien concernant un recrutement d’enseignant, l’inspectrice en binôme avec moi m’avait fait cette réflexion : « Ah je m’attendais à voir des personnes en fauteuil, très lourdement handicapées. » Non, en réalité, il y a beaucoup de personnes avec un handicap invisible, ce qui ne correspond pas forcément aux représentations que l’on se fait du handicap.

D’où l’intérêt aussi de cette journée, faire évoluer les mentalités ?

Oui, c’est intéressant de prouver que l’on peut recruter des personnes avec un handicap invisible avec les mêmes compétences qu’une personne dite valide. Des personnes qui peuvent s’avérer très efficaces.

Quand on parle de journée du handicap, on parle de tous les handicaps ? Physique et mental ?

Le handicap mental peut s’avérer compliqué dans nos champs de compétences, alors il y a très peu de personnels concernés. Il faut savoir que lorsque nous recrutons un agent, nous n’avons pas connaissance de la pathologie précise du candidat même si une visite médicale est prévue chez un médecin afin de valider leurs aptitudes aux fonctions.

Et au sujet de l’autisme ?

Nous avons des enseignants ou personnels administratifs autistes Asperger avec des pathologies qui se détectent au cours de leur carrière. C’est souvent perçu comme soulagement de pouvoir mettre un nom sur leurs difficultés, ensuite il faut essayer de trouver des solutions compatibles avec leur état de santé pour les accompagner.

Les objectifs plus précis de cette journée sont : « Sensibiliser l’opinion publique, faire connaître et valoriser les actions de proximité, mieux faire connaître la question du handicap ». Des actions concrètes ont été menées ce 3 décembre dans l’académie de Grenoble ?

Au niveau des établissements, certains se sont engagés dans des débats sur le respect d’autrui, la solidarité, le refus de toutes formes de discriminations. Il y a eu aussi des échanges autour du handicap et des rencontres entres élèves de classe Ulis (Unités locales pour l’inclusion scolaire) et d’autres de classes ordinaires avec notamment des activités sportives ou culturelles communes.

De notre côté nous avons plutôt communiqué en amont sur une formation mise en place par le ministère, avec différents modules, qui permet de donner les premières informations sur le handicap au sein de l’Éducation nationale. Qu’est-ce que le handicap ? Comment peut-on manager un agent en situation de handicap… ?

Sauf que malheureusement, le handicap ne dure pas qu’une journée. Au quotidien que fait l’académie de Grenoble pour les agents porteurs de handicap ?

Outre la diffusion des circulaires sur les aménagements de poste, un lien fort existe auprès des conseillers RH de proximité, les assistances sociales et les médecins qui sont les premiers points d’entrée sur toutes les questions de santé. Nous échangeons également régulièrement avec nos homologues dans d’autres fonctions publiques ou dans le privé pour connaître et faire évoluer nos pratiques.

Un jour il n’y aura plus aucune différence entre une personne valide et une personne handicapée ?

J’estime déjà qu’il n’y a pas vraiment de différence entre un travailleur handicapé et un valide. La pathologie peut plus ou moins impacter son travail, mais 80% des handicaps sont invisibles. On côtoie parfois des personnes qui sont handicapées sans le savoir. Après, libre à elles d’en parler ou non.

Le taux d’emploi des travailleurs handicapés doit être de 6% (loi handicap 2005). Un chiffre respecté dans l’académie de Grenoble ?

Aujourd’hui nous en sommes encore loin mais l’objectif est de l’atteindre. Nous avons une problématique liée à nos métiers qui demandent des diplômes. Malheureusement, aujourd’hui, les personnes demandeuses d’emploi en situation de handicap n’ont pas toutes ce niveau requis. On continue malgré tout à faire le nécessaire pour en inclure le plus possible. Il faut savoir que le ministère paye des pénalités car l’Éducation nationale n’a pas ces 6%.

Quel est le taux de travailleurs handicapés dans l’académie ?

Il est de 3,38% mais d’une manière générale, il augmente depuis 2019 où il avoisinait les 3%.

C’est plutôt positif ?

Positif oui et non car on a un personnel qui vieillit, ce qui génère des problématiques de santé. Cela demande beaucoup plus de moyens financiers pour réaliser des aménagements de poste, ou les aider en participant, par exemple, à l’achat de prothèses auditives.

 

Infographie du ministère

Mise à jour : décembre 2022