Pour la promotion de la dignité humaine
© Photo fonds privé Robert Badinter
« Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées ». C’est par ces quelques mots solennels que l’ancien ministre de la Justice ponctuera son discours prononcé à l’Assemblée nationale le 17 septembre 1981. Le lendemain, après deux jours de débats, cette même Assemblée adoptera par 363 voix contre 117 le projet de loi portant abolition de la peine de mort présenté, au nom du Gouvernement, par Robert Badinter. Douze jours plus tard, le texte était voté dans les mêmes termes par le Sénat, par 160 voix contre 126. La loi abolissant la peine de mort fut ainsi promulguée le 9 octobre 1981, l’aboutissement d’un long combat mené depuis deux siècles.
En ce jour anniversaire, l’ancien garde des Sceaux (et conscience républicaine) Monsieur Robert Badinter entrait donc au Panthéon, rejoignant entre autres Victor Hugo, Joséphine Baker, Jean Moulin et les derniers « arrivés », Mélinée et Missak Manouchian. Il reposera éternellement aux côtés de l'abbé Grégoire, Condorcet et Gaspard Monge dans le caveau des révolutionnaires.
Une adolescence cachée à Cognin
Les jeunes cogneraudes et cognerauds ont de quoi être fiers de leurs aïeux et notamment de la famille Charret, commerçants de profession, qui aura caché, entre 1943 et 1944, les deux frères Badinter et leur maman, de confession israélite, chassés par la Gestapo.
Malheureusement, Ils ne reverront plus jamais leur père et époux, déporté dans la rafle de la rue Sainte-Catherine, à Lyon le 9 février 1943.
Pas encore âgé de 15 ans, le jeune Robert Badinter vit sous fausse identité, à quelques kilomètres du collaborationniste Paul Touvier, sévissant à Chambéry. « Je ne parlais jamais de mon père, jamais de personne, de rien, il est bien évident que l'on ne pouvait pas ne pas savoir qui nous étions. Si nous avons survécu, c’est bien grâce au silence affectueux, complice et protecteur de ces Savoyards, Ce que je dis là, parce que je l’ai vécu et que je leur dois la vie, c'est par dizaine de milliers que les juifs l’ont vécu. Alors, il faut le rappeler. Il y a Bousquet (René Bousquet, collaborateur et principal organisateur de la rafle du Vel-d'Hiv, ndlr) et il y a les habitants de mon village." témoignait l'avocat dans un entretien accordé à Serge Klarsfeld, en 1996, un hommage appuyé au silence salvateur de l’ensemble des habitants de la commune, « un moment d’humanité sur fond de tragédie » selon ses propres mots.
Décédé à l’âge de 95 ans dans la nuit du jeudi 8 au vendredi 9 février 2024, Monsieur Badinter conservera évidemment un attachement profond et une reconnaissance infinie à Cognin (et ses habitants) dont il sera fait citoyen d’honneur en 2005. Une plaque commémorative, rappelle son passage au sein de la « maison jaune » de la commune : "Dans cette maison, alors propriété de la famille Charret, Robert Badinter, sa mère et son frère Claude furent hébergés durant les années sombres 1943-1944 et bénéficièrent de la protection discrète des Cognerauds." Une maison devenue alors « maison jaune ».
Dernièrement, l’avenue de Lyon, longeant « sa demeure », a officiellement pris son nom. De même que le collège de Saint-Etienne de Cuines, rebaptisé en ce 9 octobre 2025, Robert Badinter.
Des hommages appuyés à celui qui se considérait comme "Savoyard d'adoption".
Le collège Henry Bordeaux, héritier de la mémoire de Robert Badinter
Scolarisé au lycée Vaugelas à Chambéry sous son nom d’emprunt Berthet, c’est le lien indéfectible avec Cognin qui est mis en avant par l’Élysée avec cette invitation qui honore l’ensemble des élèves du collège Henry Bordeaux. Un lien géographique mais aussi un lien artistique (le portrait de Robert Badinter, décliné de 2O façons différentes façon Andy Warhol, orne le hall de l’établissement) et surtout un lien « spirituel et humaniste » qui règne au sein de cet établissement à la population hétérogène travaillant « le vivre-ensemble, la responsabilisation et l'esprit de groupe des élèves », selon sa principale, Clémentine Seta.
La cheffe d’établissement précise : « Notre collège traite profondément le parcours citoyen, notamment par les professeurs d'histoire-géographie-EMC, mais pas seulement. Tous les ans, les élèves participent à la collecte pour le Bleuet de France, récoltant à chaque fois plus de 1000 euros. Ils sont très présents aussi pour les commémorations du 11 novembre et 8 mai. Le prix des Petits Veilleurs de Mémoire a été décerné l'an passé à un certain nombre d'entre eux. Les élèves de 3ème construisent également tous les ans le déroulé de la cérémonie républicaine de remise des diplômes, avec un discours insistant sur les valeurs transmises au collège, et une Marseillaise "bilingue", en français et en langue des signes (puisque nous accueillons des élèves de l'INJS) ».
Madame la principale enchaîne : « Avec le lycée Vaugelas et le LP de la Cardinière, nous sommes pilotes dans le partenariat avec la fondation ATHOS, qui s'occupe des blessés et traumatisés de guerre, avec un parcours, pour nos élèves, autour de la résilience et de l'engagement. Les clubs encouragent également la citoyenneté avec notamment des projets menés par les éco-délégués ayant valu la labellisation E3D. Ou encore le club presse, salué l'an passé par le prix du jury du CLEMI dans le concours "zéro préjugés" et enfin le club Concours National de la Résistance, en 3ème, qui tous les ans, est récompensé par de nombreux élèves primés. »
Bref un engagement sans faille au cœur de la commune d’adoption de Monsieur Badinter et l’on comprend beaucoup mieux le pourquoi du comment de cette invitation par l’Élysée.
L’école du Biollay prône le courage, la citoyenneté, l’esprit critique, l’ouverture sur le monde…
23 élèves de CM1/CM2 de cette école de Chambéry étaient présents à l’Élysée pour cette cérémonie de panthéonisation. Une école très active dans la transmission des valeurs de la République, attachée à développer la culture du droit et de la connaissance des institutions mais aussi inciter les élèves à s’impliquer dans des projets permettant la construction d’une citoyenneté éclairée et engagée.
Le Prix européen de la Fraternité, décerné en mai 2025 à l’établissement venant ainsi souligner cet investissement. Comme un écho aux valeurs humanistes de Monsieur Badinter… Cela valait bien la rédaction par les élèves d’un magnifique poème.
Vous avez transformé une justice cruelle en justice de Paix,
Nous avons tous le droit à l’erreur
Créons une justice qui punie et qui protège,
Créons une justice qui aide à grandir
Créons une justice qui donne une deuxième chance.
Nous sommes les héritiers de votre combat
Cœurs vibrants à l'unisson
Nous unissons nos voix, nous unissons nos cœurs.
Nous sommes les gardiens de la paix.
Enfants de la République, héritiers de ton combat.
Garçons ou filles, nos religions, nos couleurs
Nos façons d’aimer, nos différences nous rendent plus beaux
Unissons nos forces, l’avenir est entre nos mains
Nous sommes les héritiers de votre combat
Cœurs vibrants à l'unisson
Nous unissons nos voix, nous unissons nos cœurs.
Nous sommes les gardiens de la paix.
Enfants de la République, héritiers de ton combat.
La liberté nous appartient
Enfants d’aujourd’hui, citoyens bienveillants
Nous porterons haut nos valeurs
Unis, nous ferons les lois de demain.
Aux grands hommes la patrie reconnaissante !
Les élèves du collège Henry Bordeaux et de l’école du Biollay, invités à ce moment historique et solennel pourront un jour dire à leurs enfants et petits-enfants, «j’y étais»…
Mise à jour : octobre 2025







