Feuille de route du conseil académique des savoirs fondamentaux

Les performances moyennes des élèves de l’académie de Grenoble demeurent supérieures à celles observées au niveau national, mais cette réussite globale masque de profondes disparités territoriales et sociales. Face à ce constat, le Conseil Académique des Savoirs Fondamentaux s'est fixé une mission claire : améliorer l'acquisition des savoirs fondamentaux pour tous à travers la mise en œuvre de pratiques équitables et efficaces.

Cette ambition se traduit par un objectif pédagogique en trois dimensions :

  • Elever la moyenne de l'ensemble des résultats pour que chaque élève progresse.
  • Réduire la dispersion des résultats en resserrant les écarts entre les élèves.
  • Diminuer significativement la corrélation entre les variables non modifiables comme la catégorie socioprofessionnelle, le genre ou la langue d'origine, et les résultats scolaires.

L'analyse des résultats aux évaluations nationales 2024 révèle une situation contrastée : si l'académie de Grenoble maintient son avance sur la moyenne nationale à tous les niveaux de scolarité, cette année marque néanmoins une inflexion préoccupante. En sixième, l'académie perd 1,2 point en français contre 0,6 point au niveau national, et 1,8 point en mathématiques contre seulement 0,1 point nationalement. Cette dégradation plus marquée qu'ailleurs interpelle d'autant plus qu'elle touche particulièrement les élèves les plus fragiles et s'accompagne d'une diminution de la proportion d'élèves performants.

L'analyse fine des données révèle également la persistance d'écarts genrés qui se creusent avec l'âge. Dès l'entrée en sixième, 27,7% des garçons appartiennent aux groupes les moins performants en français contre 19,4% des filles, tandis qu'en mathématiques, ce sont 30,5% des filles qui peinent contre 24,8% des garçons. Ces disparités s'accentuent encore en classe de quatrième.

Cependant, le suivi de flux d'élèves entre la sixième et la quatrième montre que l'académie parvient mieux que d'autres territoires à limiter la dégradation des résultats des élèves les plus fragiles. Cette capacité de résistance témoigne de l'efficacité de certaines pratiques pédagogiques qu'il convient d'identifier et de généraliser.

Pour répondre à ces défis, l'académie a élaboré un consensus pédagogique s'appuyant sur les travaux de recherche les plus récents en sciences de l'éducation.

La mise en œuvre de ce consensus est structurée autour de 33 réseaux pédagogiques répartis sur les cinq départements de l'académie. Cette organisation territoriale favorise un pilotage de proximité, inter-degrés et inter-catégoriel, permettant d'adapter les orientations académiques aux spécificités locales tout en maintenant une cohérence d'ensemble.

La transformation des formats de formation constitue un axe majeur de cette stratégie. L'académie privilégie désormais des dispositifs ancrés dans la réalité de la classe, afin de permettre aux enseignants de co-construire des réponses pédagogiques adaptées, avec l'accompagnement de formateurs sur des temps suffisamment longs pour permettre une évolution durable des pratiques.

Les inspecteurs interviennent en tant que soutien aux collectifs professionnels, privilégiant l'observation de l'engagement des élèves, afin d’instaurer un climat de confiance propice à l'identification et à l'expression des défis professionnels. 

L'académie de Grenoble s'appuie sur plusieurs forces distinctives pour mener cette transformation. Le partenariat étroit avec la recherche, notamment à travers le Pôle Pilote PEGASE et la collaboration avec le CAREC, permet de fonder les orientations pédagogiques sur des données probantes. Cette approche scientifique se matérialise par des suivis longitudinaux de cohortes d'élèves impliquant 150 classes, de la maternelle au collège.

L'innovation pédagogique constitue un autre atout majeur. L'académie développe une stratégie ambitieuse d'intégration de l'intelligence artificielle au service des apprentissages, de l'évaluation et de la personnalisation des parcours. Cette démarche s'accompagne d'une réflexion éthique et d'un plan de formation spécifique pour les enseignants et les cadres.

La valorisation des approches plurilingues représente également une spécificité académique remarquable. Reconnaissant la richesse linguistique et culturelle de son territoire, l'académie fait de cette diversité un levier d'apprentissage à travers des projets EMILE, des expérimentations d'approches plurielles et l'éveil à la diversité linguistique dès l'école maternelle.

Au-delà du suivi des résultats aux évaluations nationales, l'académie développe des outils comme le suivi de flux d'élèves entre la sixième et la quatrième, permettant de mesurer l'impact réel des pratiques pédagogiques sur les trajectoires scolaires.

Cette approche privilégie l'observation de l'engagement des élèves et l'analyse des corrélations entre pratiques enseignantes et progrès des apprentissages. L'objectif est de dépasser une logique de contrôle pour développer une véritable culture de l'évaluation formative au service de l'amélioration des pratiques.

Cette feuille de route traduit la volonté de l'académie de Grenoble de relever le défi d'une école à la fois plus équitable et plus efficace. En s'appuyant sur la recherche, en transformant les pratiques de formation et en développant une gouvernance collaborative, elle vise à faire de la maîtrise des savoirs fondamentaux une réalité pour tous les élèves.

L'enjeu dépasse largement les seuls résultats scolaires. Il s'agit de donner à chaque élève les clés de l'autonomie de pensée et de la réussite dans son parcours, condition indispensable à la lutte contre les inégalités scolaires et sociales.

 

Mise à jour : avril 2026