Une FIT pour lutter contre le décrochage scolaire au collège Gérard Philipe (Isère)

Dans le cadre de la semaine de la persévérance scolaire programmée du 24 au 28 mars 2025, le collège fontainois organisait, lundi 24 mars après-midi, un temps de formation sur le décrochage scolaire.

Sous l’égide de Anne Deparis, principale de l’établissement et animatrice du réseau Foquale Grenoble, environ cinquante participants et une trentaine d’intervenants étaient réunis pour cette formation d’initiative territoriale (FIT), guidée par « une volonté de justice scolaire, afin que chaque enfant, chaque élève ait sa place à l’école, que le vivre ensemble soit un refuge et une solution ». Madame Deparis enchaîne et nous dévoile les grandes lignes de cette rencontre : « L’objectif de cette FIT est de de faciliter le travail de chacun et la mise en réseau/connaissances des ressources pour une meilleure prise en charge du décrochage et agir pour prévenir et raccrocher. Il s’agit également de faire connaître Foquale Grenoble, être identifiés comme personnels ressource, mettre en lumière les capacités internes et externes sur le bassin grenoblois, mais surtout réfléchir, échanger et partager des expériences ».

Focus sur Foquale et l’USE !

Personnels de direction, référents décrochage, psychologues de l’Éducation nationale, personnel médico-social, assistants sociaux, infirmier(e)s ou encore CPE (Conseiller(e)s principaux d’éducation), tous ont pu se familiariser avec l’association Foquale. Quelques membres de l’équipe (Anne-Valérie Merlo, Frédérique Oddoz-Mazet, Isabelle Pierre Bess, et Anne Deparis) assurent les présentations : « Ce sont des Réseaux Formation Qualification Emploi déployés à partir de la circulaire du 29 mars 2013 à l’échelle nationale, académique, départementale et au niveau des bassins. Il s’agit de coordonner les solutions de lutte contre le décrochage, référencer les expériences réussies, mettre à disposition des ressources, partager des expériences et mettre en relation des partenaires d’un territoire autour de la persévérance de l’engagement et de la lutte contre le décrochage ».

Le quatuor fait parler son expérience : « Il n’y a pas de profil type d’élèves décrocheurs, chaque situation est différente mêlant contexte social, environnemental, absentéisme, difficulté scolaire, problèmes médicaux, handicap. Il n’existe pas non plus de recette miracle ni de réponse toute faite pour lutter contre le décrochage, c’est pour cette raison que l’on propose plusieurs dispositifs et plusieurs entrées pour combiner des pistes de solutions, ce n’est pas simple mais on s’accroche ».

Ce temps de présentation laissait place ensuite à un échange autour du trouble scolaire anxieux avec une équipe USE (Unité soins d’études) du Grésivaudan et la prise en charge particulière de ces élèves. Crée en 1923, le Soins-Etudes à Grenoble a forcément beaucoup évolué, pour aujourd’hui atteindre 13 cliniques proposant ce type de soins. Destinée à un public de 12 à 25 ans, l’USE souhaite permettre, via une prise en charge pédagogique adaptée et faisant partie intégrante du combat contre la maladie, une reprise ou une poursuite de la scolarité durant la période de soins et préparer le retour en établissement.

Présentation, suite et fin, avec cette fois-ci un rapide tour de table de l’ensemble des personnels et partenaires de dispositifs de ressources internes ou externes, où chacun en quelques mots, a pu décliner ses compétences et champs d’actions. Une présentation qui prendra tout son sens à l’heure des mises en situation concrètes…

De la théorie à la pratique

Le temps fort de l’après-midi consistait en un travail en groupe multi-catégoriel sur cinq cas matérialisés de décrochage scolaire. La situation 1, par exemple, concerne « un élève de 15 ans en lycée professionnel / CAP CIP (conducteur d’installations de production) avec 48 demi-journées d’absence et suivi par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Affecté sur son dernier vœu, Il souhaitait une 2nde pro Agora. Quand il est au lycée, il choisit d’aller uniquement dans quelques cours ».  Ou encore la situation 3 qui implique « un collégien de 4ème, déjà très absent en 5ème, qui ne rentre pas en classe, reste en vie scolaire, arrive souvent en retard, en difficulté scolaire importante depuis la primaire. Il est en conflit parental depuis la séparation en sixième. »

Les personnels sollicitent alors les participants au forum, répartis autour de la salle, pour élaborer des stratégies afin d’aider l'élève décrocheur à s'engager de nouveau dans sa scolarité. « Facile » car « toutes les ressources mobilisables pour un enfant du collège ou lycée en décrochage scolaire du territoire sont réunies ici » précise Anne Deparis. Alors il n’y a plus qu’à …

Des ressources internes : l’envie d’avoir envie

Dans la catégorie des ressources propres à l’éducation nationale dont les EPLE (Etablissements public local d’enseignement), on pourra s’appuyer sur le Référent décrochage scolaire (RDS) du collège Gérard Philipe pour évoquer notamment les projets de tutorat menés au sein de l’établissement pendant les heures de cours avec l’adulte de confiance de son choix, où l’élève et son tuteur sont en autonomie sur une période donnée.

Un RDS peut en cacher un autre, en l’occurrence celui du lycée Mounier lui aussi présent pour expliquer la démarche PAFI-TDO qui vise à offrir, sur une période de quatre mois, une solution personnalisée aux élèves en risque de décrochage pour lesquels les solutions internes à l’Education nationale ne peuvent répondre seules à leurs besoins. Si le GPS indique la voie à suivre, le GPDS, Groupe de prévention de décrochage scolaire a pour rôle majeur de repérer et recenser les élèves démotivés. Des missions du GPDS abordées par le personnel du lycée Louise Michel qui évoque également le tutorat mené dans l’établissement grenoblois.

Kevin Valentin, professeur de lettre référent méthode et soutien (autre appellation de devoirs faits) au collège Gérard Philipe propose de revisiter l’adage « Si on veut, on peut ». S’appuyant sur des travaux scientifiques, le pédagogue se montre convaincant : « En vérité ce n’est pas si on veut, on peut, c'est plutôt si on peut, on veut, et même, si on croit pouvoir, on veut », une façon alors de lutter contre le déterminisme.

Toujours au sein de l’Éducation nationale, on retrouve la classe prépa seconde mise en œuvre en Isère au sein du lycée Louise Michel (une par département). Béatrice et Mila, CPE de l’établissement, nous éclairent sur cette classe expérimentale destinée aux élèves qui n’ont pas eu leur DNB : « Dans notre établissement cette classe compte 18 élèves qui ont souvent des problématiques sociales, des difficultés scolaires et qui ont souvent connu des problèmes d’absentéisme. Ils arrivent dans notre structure avec un passé et un certain manque d’appétence par rapport à l’école. Six mois après le lancement de ce dispositif, on peut dire qu’il y a du mieux, notamment par rapport à l’absentéisme. Notre premier objectif était de les faire revenir à l’école, les élèves sont présents en classe. Si les débuts étaient difficiles, ils sont désormais mieux intégrés à la vie et aux codes du lycée. On essaie de les accompagner avec des enseignants qui ont l’envie de leur donner envie ».

Sont également recensés : le dispositif réussite du lycée Mounier, le club réparation de vélo du collège fontainois, ou encore les classes relais (Rescolarisation, resocialisation, remotiver, élaboration du projet personnel) et dispositifs relais dont le célèbre Starter porté par Antoine Gentil. On évoquait le club vélo il y a quelques minutes, toujours autour de la petite reine, Eric Bentolila, animateur de dispositif relais aura cette belle image pour évoquer ses missions : « J’essaie de leur regonfler les pneus, ensuite on s'aperçoit qu’ils roulent mieux ».

Tutorats pour les élèves décrocheur (schéma)

 

Des ressources externes : E=2c

Les dispositifs externes à l’Éducation nationale sont également partie prenante de la lutte contre le décrochage scolaire. Les missions locales sont destinées aux élèves de lycées professionnels, les écoles de la seconde chance (E2c) accompagnent et forment des jeunes de 16 à 25 ans, sortis du système scolaire, ayant un baccalauréat maximum pour contribuer à leur insertion sociale, citoyenne et professionnelle, grâce à un emploi ou une formation. Les programmes de réussite éducative (PRE) sont eux destinés aux habitants en quartier prioritaire de la ville, le Codase (comité dauphinois d’action socio-éducatives) a aussi droit à son chapitre sans oublier le dispositif Rebond dont l’objectif est de reconstruire une relation de confiance entre le jeune et l’adulte à partir de projets ouverts sur le monde du travail, et enfin le service prévention - médiation de la ville de Fontaine dont son émissaire Thibault Rigaux nous ouvre les portes: « Mon rôle est de mettre autour d'une table les personnes pour aider les jeunes en difficulté. Pour les raccrocher, l’idée est de leur proposer une diversité de soutiens et de solutions et faire que le cercle vicieux décrochage - oisiveté - incivilité se transforme en un cercle vertueux avec adhésion du jeune et de sa famille. J’essaie de mettre de l'huile dans les rouages ».

Schéma à propos du rebond

Odile, Psychologue de l’éducation nationale, nous livrait son ressenti à l’issue de cette formation :

« Quand l’enfant décroche, ce n’est pas que lui qui ne va pas bien, c’est souvent aussi la conséquence de problèmes dans la famille. Le soutien que l’on doit lui apporter, c’est un peu ce que nous devons requestionner, en dehors du côté pédagogique, en regardant la situation dans sa globalité.  Nous travaillons tous pour lutter contre le décrochage scolaire, mais pas de la même façon. Cette FITpermet ainsi de faire du lien avec les partenaires, de voir ce qu’ils peuvent apporter de plus, comment ils formalisent pour nous éclairer dans notre pratique et améliorer ce que nous proposons. Raccrocher un enfant va dépendre de sa situation.

Parfois on va réussir en lui fixant un objectif, mais à mon sens, le préalable c’est quand même son bien-être. Une certitude, on ne peut pas le faire tout seul, le partenariat est nécessaire ».

Anne Deparis a la voix qui porte, elle n’a pas besoin de micro pour conclure cette riche demi-journée, tout à son image, à la fois studieuse et rieuse : « On va faire un livret avec toutes les diapos numériques, que l’on vous fera passer. Je suis trop contente, c’était génial, c’était super ». Disons super génial alors !

Cette FIT n’avait rien de basique. Au contraire, élaborée à souhait, elle aura eu le mérite de faire étal des nombreux outils disponibles pour lutter contre le décrochage scolaire et concourir à la persévérance scolaire. Reste désormais à s’en saisir et à les adapter aux profils rencontrés.

Bref un temps pertinent et constructif pour affronter cette cause nationale du décrochage scolaire et mieux la résoudre. Tout, sauf une FIT en avant…

Mise à jour : avril 2025