Dans le cadre de la Fête de la Science, l’ESRF (le Synchrotron Européen) et l’académie de Grenoble organisaient, lundi 6 octobre, une opération commune intitulée « Filles, osez les sciences ! »
Destiné aux collégiennes de 4e et 3e, cet évènement vise à faire découvrir la diversité des parcours et des métiers scientifiques et techniques dans une grande infrastructure de recherche comme l’ESRF, à travers des rencontres de femmes techniciennes, ingénieures, et scientifiques.
64 collégiennes de 8 établissements de l’académie de Grenoble - Collège Olympique (Grenoble-38), Collège Belledonne (Villard Bonnot-38), Collège Jules Verne (Varces-Allières-et-Risset-38), Collège Marc Sangnier (Seyssins-38), Collège du Vivarais (Lamastre -07), Collège André Cotte (Saint Vallier-26), Collège du Val des Usses (Frangy -74) - étaient ainsi conviées.
Jean Daillant, Directeur Général de l’ESRF (European Synchrotron Radiation Facility) accueillait l’ensemble des participantes (et quelques participants) par un mot de bienvenue, tout heureux de recevoir cette jeune délégation féminine au sein de ses locaux : « Il est vital d'avoir plus de filles dans les filières scientifiques. Notre priorité est d'essayer de vous convaincre de nous rejoindre un jour ».
Karen Amram, directrice des grandes infrastructures de recherche au MESR, enchaînait en contant avec passion son amour pour les sciences : « C’est un monde merveilleux où l’on rencontre des tas de phénomènes que l’on cherche à comprendre. Les sciences, c’est comme la musique, elles rassemblent et font voyager ». Au sens propre comme au figuré, en témoignent les femmes scientifiques issues des quatre coins du globe, présentes au sein de la structure grenobloise. Et la scientifique d’enchaîner avec un dernier conseil adressé aux collégiennes : « Le cerveau des filles est aussi performant que celui des garçons. C’est prouvé scientifiquement. Donc si on vous dit que ce n’est pas possible de faire des sciences, il ne faut surtout pas le croire. Vous êtes hyper capables, la science a besoin de vous ».
Une manifestation à laquelle l’académie de Grenoble était évidemment associée. En effet, précurseur en la matière avec notamment le déploiement du plan filles & Stim et ses 25 établissements à classes à horaires aménagées (soit la moitié des classes sur le territoire national), le recteur Philippe Dulbecco prenait à son tour la parole, ne cachant pas sa joie de partager ce moment : « Être présent avec vous dans ce temple de la science, doté d’un équipement exceptionnel, est la plus belle chose qui puisse arriver à un recteur ».
Faisant le constat du manque de filles dans les filières scientifiques, Monsieur le recteur se tournait vers l’avenir : « La société est responsable de ce dysfonctionnement, et ce manque de filles dans les sciences influe sur la souveraineté économique. La priorité de l’académie de Grenoble est donc de donner toutes les chances à celles qui veulent rejoindre les filières scientifiques, en faisant en sorte de débuter l’orientation le plus tôt possible, dès la cinquième, et en privilégiant le contact plus direct des filles avec les sciences. » Tout l’objet du rendez-vous du jour.
Céleste et Manon, scolarisées en troisième au collège du Vivarais à Lamastre, n’en perdent pas une miette. Très attentives aux propos des intervenants, elles nous livrent leurs attendus et projections sur cette demi-journée : « On trouve que c’est bien d’être ici, on espère découvrir beaucoup de choses. On aime un petit peu les sciences, on ne pense pas en faire notre métier plus tard mais peut-être qu’à la fin de cette journée, on voudra finalement y aller ». Why not ?
Speed meeting
Les discours laissaient place au premier temps fort de l’après-midi, des rencontres avec des femmes inspirantes. Qu’elles soient techniciennes, ingénieures, scientifiques ou doctorantes de l’ESRF, une quinzaine étaient volontaires pour partager leur passion et distiller la bonne parole à des petits groupes composés de 4 collégiennes.
Ainsi, Samira évoque sa spécialité : la biologie structurale, « l’étude des structures biologiques, notamment les protéines. En voyant à quoi elle ressemble, on peut savoir à quoi elles servent ».
À la table voisine, Christina avance : « Je m'amuse toujours en pratiquant la science. Je suis ici aujourd’hui, et demain je serai peut-être partie ailleurs car les sciences c’est l’aventure ».
Un peu plus loin, Melissa, technicienne, explique ses différentes missions : « Mon travail consiste à aider les étudiantes et les étudiants en laboratoire ».
Timides au départ, les langues se délient rapidement, à l’image de Zerina et Mayssane qui questionnent la jeune femme : « Est-ce que vous faites de la recherche en radiologie ? Sur les maladies chroniques ?
- Nous travaillons surtout sur les protéines phosphorescentes chez les animaux marins, on les utilise pour voir où les médicaments agissent dans le corps. Le but est de les regarder en profondeur, à l'aide des rayons X pour entrer au cœur de la matière.
- Est ce que les protéines dans la nourriture sont les mêmes que celles de notre corps ? … »
L’échange rebondit sur des côtés un peu plus terre à terre : « Comment avez-vous eu envie de venir travailler au synchrotron ?
-J’ai fait un stage ici au lycée, ce fut le déclic.
-Combien êtes-vous payée ?
-Au début c’est 1600 net et après avec expérience 2200. On a un cadre de travail agréable. On est en autonomie au sein d’un collectif soudé, on peut concilier vie professionnelle et vie de famille avec une certaine souplesse dans nos horaires, ça compte aussi beaucoup car il n’y a pas que l’argent dans la vie ».
À quelques encablures de là, dans une autre salle, Louise, Hester Noor, Marine, Catherine et les autres transmettent leur passion avec conviction, l'œil pétillant, rieur et malicieux. Des destins se jouent peut-être ici.
Plongée immersive au cœur de l’ESRF : Magique…
Les échanges sitôt terminés, le second temps fort de l’après-midi consiste en une visite guidée des installations (impressionnantes) de la structure scientifique. Après une déambulation au-dessus de l’anneau expérimental, où l'accélération à haute énergie de particules élémentaires atteint presque la vitesse de la lumière, les élèves, réparties par groupe de 10, investissent les travées du Synchrotron pour y découvrir les différents espaces d’expérimentation.
Estelle, par exemple, s’affaire autour de l’azote liquide : « Nous recevons des échantillons du monde entier afin de les soumettre aux rayons X. Nous les plaçons dans un grand bain d’azote liquide et programmons la machine pour les prélèvements, cette étape est primordiale car si les cristaux ne sont pas conservés au froid, ils ne sont plus viables. Pour effectuer des mesures, nous programmons le robot qui vient effectuer les prélèvements, scanner l’échantillon devant une caméra et le placer devant une cellule ». Les yeux ébahis, les jeunes collégiennes regardent la technique faire son œuvre. C’est beau la science…
Le temps de regagner les installations principales, nous avons partagé le trajet avec Mayssane et Mamahawa, scolarisées au collège olympique à Grenoble. Visiblement, cette demi-journée a fait mouche : « Nous avons beaucoup aimé ce moment car nous avons appris beaucoup de choses intéressantes et découvert plusieurs métiers que nous ne connaissions pas. Toutes les femmes avec qui nous avons pu parler étaient adorables ».
De là à se projeter dans les filières scientifiques, il n’y a qu’un pas : « Nous n’avons pas encore d’idée de ce qu’on va faire plus tard, mais ça peut être intéressant de travailler ici. Nous avons beaucoup aimé ce que disait Melissa, une intervenante. Quand elle nous a montré ce qu’elle faisait, on a pensé que lorsque l’on apprend et que l’on sait faire la chose, cela devient tout de suite plus amusant. On se dit : pourquoi pas au final ? ».
Zerina a entre-temps rejoint ses camarades, elle tient à témoigner : « Moi j’aime trop les sciences, je veux travailler dans la police scientifique plus tard, et tout ce qui a été dit m’a intéressée, ça peut m’aider à atteindre mon but. C’est bien d’avoir toutes ces informations et savoir que l’on peut travailler ici ».
Difficile alors de prédire l’impact d’un tel évènement. Toujours est-il qu’il participe à cette dynamique pour rapprocher les filles des filières scientifiques et leur prouver qu’elles y ont toutes leur place. Et si elles font un choix d’orientation différent, il aura été libre et éclairé, et, faut-il l’espérer, moins influencé par les biais de société…
L’interview en plus
Jean-Baptiste, professeur de physique-Chimie au collège du Vivarais à Lamastre :
Quelles est la portée de cet évènement pour les filles de vos classes présentes aujourd’hui ?
C’est une chance pour elles, car d’une part, dans des zones rurales comme l’Ardèche, il y a peu d’opportunités d’avoir accès à des installations scientifiques de point. Et d’autre part, le fait que ce soit destiné exclusivement à des filles sur des évènements comme ceux là, où les garçons peuvent prendre de la place, cela leur permet de les laisser s’exprimer, être entre elles et voir les choses différemment. Que ce soit pour les filles qui ont des appétences pour les sciences ou même si elles ne savent pas trop vers quoi elles souhaitent s’orienter, cela peut déjà redonner de la motivation en classe et susciter des vocations.
Un plan filles-maths vient de voir le jour. Vous sentez, même s’il est surement trop tôt pour le dire, que les filles commencent à se prendre au jeu des sciences ?
Je pense que du côté des profs, il y a des efforts qui sont menés pour essayer de revoir nos pratiques afin d’inciter chaque élève, sans distinction de sexe, à épouser les filières scientifiques. Le fait de les mettre en avant peut pousser les filles à s’orienter vers les sciences, à voir sur le long terme. De toute façon ces initiatives sont vraiment excellentes, c’est super pour toutes nos élèves.
Mise à jour : octobre 2025











