Questions - Réponses ! Plan Filles et maths : Myrtille Gardet et Caroline Béal
Pour ce premier podcast, Caroline Béal, IA-IPR mathématiques et Myrtille Gardet, IA-IPR de Physique-Chimie et Référente académique de la mission égalité fille-garçon, nous dévoilent les coulisses de l’ambitieux plan Filles et maths ou Filles et STIM - science, technologie, ingénierie et mathématique
En juin dernier, la ministre Elisabeth borne a lancé un plan d’action pour mobiliser la communauté éducative et les parents afin d’inciter les jeunes filles à se former aux sciences de l’ingénieur et du numérique, en particulier en mathématiques. Ce plan part d’un constat : à l’heure actuelle, les filles représentent moins de 25% des élèves qui intègrent ces formations et cette proportion stagne dans notre pays depuis plus de 20 ans. On connait les mécanismes qui tournent autour des questions de stéréotype de genre très ancrés dans notre société et dans la communauté éducative et que ceux-ci se maintiennent, voire même s’accentuent. Un rapport témoigne bien de cette question. Cela génère un manque de confiance et de projections de la part des jeunes filles dans les métiers de l’ingénierie et du numérique, et puis finalement c’est pénalisant pour l’ensemble de la société car on se prive d’un vivier de talents, possiblement, et on génère des inégalités salariales puisque globalement les jeunes filles s’orientent moins vers des métiers rémunérateurs. Enfin, dernière chose, à l’heure actuelle, chaque année, nous manquons d’environ 20 000 ingénieurs sur les 60 000 que nous devons former, d’où la nécessité de proposer un plan d’action fort vis-à-vis de l’ensemble de la communauté.
Le plan s’articule autour de trois grands axes :
- Former et sensibiliser la communauté éducative afin de développer une pédagogie plus égalitaire et d’améliorer encore l’accompagnement des jeunes-filles. L’objectif est d’intervenir auprès des enseignants du premier degré comme du second degré afin que chacun puisse repérer et corriger les biais qui peuvent freiner l’orientation des filles vers les filières scientifiques et technologiques.
- Rapprocher les filles des mathématiques et des sciences de sorte qu’elles osent se projeter dans des parcours scientifiques et s’orienter vers les filières de l’ingénieur et du numérique. Il s’agit de déconstruire les stéréotypes de genre liés aux sciences et aux mathématiques.
- Il s’agit d’ouvrir les horizons des jeunes-filles et susciter des vocations, notamment en rendant visible des modèles féminins inspirants, qu’il s’agisse de scientifiques, d’ingénieures ou d’enseignantes, pour montrer la diversité des parcours possibles. Les rôles modèles féminins ont été démontrés par la recherche comme particulièrement efficaces.
Oui, tout à fait, cela avait fait l’objet d’un précédent podcast. C’est vrai que la question des filles et des sciences est un sujet dont la mission égalité s’est emparée depuis plusieurs années, et ce pour plusieurs raisons. Notamment un terreau très fertile dans cette académie en termes de centres de recherches, d’industries et d’entreprises scientifiques dont chacun et chacune souhaite, en termes de DRH, se poser la question de la sous-représentation des jeunes filles. L’académie s’était donc emparée depuis plusieurs années de ces questions là et quand le plan s’est mis en place, nous avions déjà tous les leviers pour pouvoir le décliner en son sein.
Forts de ces partenariats déjà installés, des nombreux établissements (une trentaine) se sont mobilisés et portés volontaires pour mettre en place des Classes à Horaires Aménagés en Mathématiques et en sciences, dites CHAMS. Il s’agit d’un enseignement renforcé dans les mathématiques et les sciences, basé sur une démarche de projet, en lien étroit avec des partenaires et qui se concrétise par une réalisation. L’enjeu est de développer le goût des élèves pour les mathématiques et les sciences, en amont des paliers d’orientation, pour créer des viviers de futurs étudiants et étudiantes STIM, avec pour ambition de favoriser la réussite scolaire, la mixité sociale et territoriale et l’égalité filles-garçons. J’ajoute un deuxième volet autour de la formation puisqu’un des axes de travail spécifique de l’académie est depuis longtemps les Pratiques Efficaces et Équitables qui incluent les pratiques égalitaires. Des formations à l’attention des cadres, des enseignants 1D et 2D, des équipes pédagogiques sont déjà déployées et vont se poursuivre.
Oui comme on l’a dit, le constat vient de cette question très ancrée dans notre société des stéréotypes de genre qui sont à faire évoluer. C’est tout l’enjeu de la formation, pour que chacun et chacune prenne conscience justement de la façon dont il ou elle est ancré dans ces biais, et puisse finalement déconstruire le mécanisme automatique qui convoque ces stéréotypes, de façon à proposer une pédagogie dans des classes plus égalitaire auprès des élèves, et ainsi permettre de faire évoluer les mentalités pour l’ensemble de la communauté éducative et les familles.
Bouger les lignes, c’est d’abord déconstruire les clichés et montrer que les maths et les sciences ne sont pas réservées à quelques “génies masculins”, mais qu’elles appartiennent à toutes et tous. C’est donc permettre aux filles de se projeter dans ces domaines. Donc au-delà des actions scolaires, il y a aussi un vrai enjeu culturel pour faire changer les mentalités car les choix d’orientation ne se font pas seulement en classe, ils sont influencés par la famille, par les médias, par les représentations collectives. Je crois beaucoup à l’importance d’agir tôt, « d’éduquer dès le premier degré » comme le dit Monsieur le recteur car c’est là que se construisent les représentations. Enfin, Il faut aussi valoriser la persévérance et le travail : dire aux filles qu’elles ont le droit de se tromper, qu’on apprend en expérimentant, bref, leur donner confiance, les valoriser.
Oui, en effet, dans l’académie de Grenoble les structures sont déjà alignées pour faire vivre ce projet entre les laboratoires de pointe. On pense au campus Giant et son tissu scientifique très dense, les initiatives locales qui sont très présentes dans les centres de culture scientifique, technologique et industrielle, les associations portées sur ces questions-là. On a également l’engagement des universités, des acteurs de la recherche, finalement c’est un terrain extrêmement propice à la mobilisation collective. Ce qu’il reste à faire, c’est un peu l’enjeu de ce plan et de notre mission, c’est de coordonner et d’amplifier toutes ces forces pour en faire une vraie dynamique durable.
Je dirais le mot émancipation. Émancipation, et je reprends les travaux de Françoise Vouillot, lorsque l’on a à se projeter, à s’orienter lorsque l’on est une jeune fille ou un jeune garçon, on se croit libre mais on n’est finalement pas si émancipé que ça. Il y a un aspect identitaire et on se projette dans ce en quoi on pense que la société, notre environnement nous autorise à le faire. Le moteur est vraiment la question de l’émancipation pour arriver à ce que chacun et chacune puisse se projeter dans la voie qui lui convient.
Je choisi le mot audace pour réussir cette émancipation. L’audace de croire en ses capacités, l’audace d’oser aller vers des filières où l’on n’est pas encore assez représentées, et l’audace de changer les choses collectivement.
Je voudrais insister sur le fait que ce plan ne concerne pas uniquement les filles : c’est un projet collectif qui bénéficie à l’ensemble de la société. Favoriser la mixité dans les sciences et la diversité des regards, c’est plus de richesses au sens propre comme au sens figuré, plus d’innovation, et donc plus d’avenir pour nous tous.
Je me souviens d’un professeur de collège, en 5°, qui m’a dit un jour en passant dans les rangs, alors que nous étions plongés dans une résolution collaborative de problème : “Tu as ta place en mathématiques, tu pourras en faire ton métier si tu en as envie ! ”. C’est une phrase toute simple, mais elle a changé ma façon de voir les choses. Elle m’a donné confiance et m’a permis de me projeter dans cette discipline. Ça montre bien combien un mot, un encouragement, peut avoir un impact énorme sur la vie d’un élève.
Pour compléter, je fais un clin d’œil à un podcast précédent, alors que nous n’étions pas encore engagés dans ce plan, j’avais indiqué que j’avais été également particulièrement marquée par une de mes professeures de mathématiques en classe de seconde (Claire Echavidre) et qui nous avait permis, garçons comme jeunes filles, de pouvoir se projeter et de se dire qu’on avait toute notre place dans ce cursus-là, dans ce parcours professionnel là, et je trouve que finalement c’est un joli clin d’œil de se dire que l’on se retrouve une année plus tard, et que l’on peut convoquer le même souvenir et qu’il a toute sa portée. Effectivement, c’est aussi démontré par la recherche, tout ce qui est verbalisé, explicité permet de lutter contre la menace de stéréotype et de s’affranchir des stéréotypes de genre afin de permettre à toutes et à tous de se projeter dans les métiers qui leur conviennent.
Plan Filles et maths

"Questions-Réponses", une série de podcasts de l'académie de Grenoble qui mettent en lumière les métiers des Hommes et Femmes de l'académie à travers des interviews courtes et inspirantes.
Retrouvez les dans leur intégralité !
Mise à jour : octobre 2025


