Lundi 2 mars 2026, au cœur des 40 ans de la voie professionnelle, le lycée Jacques Prévert à Fontaine (Isère) mettait les petits plats dans les grands pour accueillir la finale régionale du grand concours des jeunes talents de la coiffure.
La gagnante ou le gagnant - on laisse durer le suspense - ira défendre les couleurs de l’académie de Grenoble le 6 juillet au Visionnaire à Paris pour une finale nationale qui s’annonce d’ores et déjà décoiffante…
Parce qu’elle le vaut bien
Opportunité unique de mettre en lumière la voie professionnelle, le Grand Concours national des Jeunes Talents « s’inscrit dans une démarche visant à valoriser l’excellence et la créativité des jeunes en formation professionnelle au sein de la filière coiffure ». Ces propos sont ceux de Valentina Outkina, Inspectrice de l’Education Nationale Sciences biologiques et sciences sociales appliquées, en charge de l’organisation de ce concours à l’échelle de l’académie. La pédagogue nous glisse également une multitude d’objectifs transversaux : « Ce concours aspire à valoriser les talents des élèves et des équipes pédagogiques investies, à promouvoir les métiers de la coiffure auprès du grand public et des professionnels, à renforcer les liens entre l’école et les acteurs économiques du secteur, à encourager la créativité, l’autonomie et l’engagement des jeunes et consolider les compétences professionnelles et les habiletés sociales des participants, tout en développant la culture du projet ».
Et comme la coiffure le vaut (vraiment) bien, l’Oréal Professionnel était évidemment partenaire de l’évènement.
Brushing, coupe mulet, taper, dégradé … il va falloir apprendre à vous familiariser avec ce lexique. En effet, déployé pour la première fois au cours de cette année scolaire dans l’académie de Grenoble, ce concours a vocation à devenir un événement annuel majeur pour cette filière.
Ici, on ne se crêpe pas le chignon…
Issus des CAP Métiers de la coiffure, Certificat de spécialisation Coiffure/Coupe/Couleur, Baccalauréat professionnel Métiers de la coiffure ou BP Coiffure, les huit candidats de l’académie de Grenoble se sont vus proposer « Les continents » comme thématique de cette édition 2026. L’inclusion, ainsi que la santé et la sécurité au travail, étaient également inscrites dans le sujet, et ce à chaque étape du projet, depuis la conception jusqu’à la présentation. Bref un vrai défi au programme des finalistes.
Défi, le mot n’est pas galvaudé d’autant plus quand on mesure la densité de la journée, alternant épreuves pratiques le matin et épreuves orales l’après-midi, comprenant notamment une présentation des planches de tendance et de recherches ou encore une soutenance du projet.
Et pour donner corps à son entreprise, il fallait venir accompagné d’un modèle. Ils sont aussi à remercier pour avoir prêté avec grâce leurs chevelures et du temps précieux à leur coiffeuse ou coiffeur attitré.
Point d’orgue de cet évènement, un défilé de ces fameux modèles, qui au préalable auront été maquillés par élèves de Bac professionnel Esthétique Cosmétique Parfumerie tandis que les élèves des Métiers de la Mode les auront assistés dans le choix des costumes. La collaboration entre les différentes filières se prolongeait avec les élèves de CAP Production et service en restaurations (PSR) qui prenaient à leur charge la préparation d’un en-cas très apprécié de toutes et tous.
Charge au jury composé de Madame Outkina, Monsieur Michaël Labarthe, inspecteur du second degré Arts appliqués et métiers d’art, Monsieur Didier Pelosse, commercial et Éducateur école chez L’Oréal et Madame Sylvie Cipriani, professionnelle de coiffure, de déterminer le vainqueur.
Programmée à 17h à l’issue du défilé artistique, l’annonce des résultats sera le théâtre d’une intense émotion pour l’heureuse ou l’heureux élu à choisir parmi Chloé, Abbigaël, Nina, Ludivine, Zoé, Élise, Candice et Luka.
À souligner, c’est dans une belle ambiance, festive et amicale que les huit participants se sont « disputé » le précieux sésame pour rejoindre Paris.
La mise en pli c’est (plus ou moins) fini, maintenant c’est le brush …
Les épreuves orales touchent à leur fin. Toutes et tous se retrouvent en salle polyvalente de l’établissement à l’issue de celles-ci. Abbigaël et Nina, scolarisées au sein même du lycée Jacques Prévert, en ont terminé avec l’habillage et le maquillage de leur modèle. Elles peuvent désormais souffler et se laisser aller aux confidences : « Les épreuves orales et pratiques se sont plutôt bien passées, on ne sait pas encore si on va gagner mais on est plutôt contentes de nous. On adore la coiffure, c’est un art qui demande une grande maîtrise des gestes et beaucoup de créativité. J’ai (Abbigaël) choisi l’Asie et le Japon. J’ai associé un chignon bas, des fleurs sur le côté et du volume devant. Et Moi (Nina) c’était l’Afrique et l’Égypte. J’ai choisi une coiffure qui fait référence aux pyramides avec un volume texturé à l’arrière en référence au Dieu Râ, et un second volume bien défini pour faire référence à Cléopâtre ».
La musique accompagne les préparations. Des élèves du lycée passent la tête par l’embrasure de la porte : « J’aimerais trop être ici, ça a l’air trop cool ». Ludovic Dutrey, professeur de français vient donner un coup de main à l'organisation. Jovial, il assure l’ambiance derrière la sono et improvise une répétition du défilé plus que bienvenue. En effet, il faut ralentir l’allure des modèles, un peu trop pressées d’en finir.
À noter la présence de cinq élèves en BTS coiffure - une première dans l’établissement - venus assister à la parade pour encourager leurs cadettes
Madame Véronique Claus, directrice déléguée aux formations, et Madame Adeline Perroud, responsable du bureau des entreprises, sont parties prenantes de cet évènement. Sollicitées de toute part, elles trouvent le temps de nous parler de cette finale : « Nous sommes le seul établissement public à proposer une formation coiffure dans l’académie. Accueillir ce concours au sein de l’établissement permet de faire rayonner notre lycée, y compris auprès des habitants de Fontaine qui découvrent un peu tout ce que l’on propose. C’est un joli coup de projecteur également pour nos élèves qui pourront ajouter une belle ligne sur leur CV. »
Elisabeth Ottoz, enseignante en coiffure, est-elle aussi ravie de cette visibilité : « Les élèves ont la chance de pouvoir montrer leurs compétences et monter en compétences par rapport aux enseignements en classe. Ils ont fait preuve de beaucoup de volonté. Ils se préparent depuis le mois de novembre tous les mercredis après-midi, sans oublier du travail de recherche à la maison. Au départ, ils devaient trouver une idée du sujet à mettre en œuvre et puis nous avons finalisé tout doucement ces projets pour arriver à l’aboutissement d’aujourd’hui. »
La délibération dure un peu, preuve que le choix du vainqueur est difficile.
Les officiels arrivent pour assister au défilé. On compte beaucoup d’enseignants de l’établissement, ravis de jouer le jeu, et quelques parents. L’équipe administrative est au grand complet. Monsieur Peloux, son sympathique proviseur, en tête, le sourire jusqu’aux oreilles : « Oui, je suis un proviseur heureux. Mes équipes débordent d’énergie et foisonnent de projets. C’est un peu l'idée qui anime le lycée Prévert, on travaille sérieusement sans se prendre au sérieux, toujours dans une bonne ambiance ». Car c’est aussi l’avantage du lycée pro, « cette proximité avec les élèves », nous glissera Christophe Agnero, gestionnaire de l’établissement.
And the coiffeur is…
16h50, Le jury arrive dans la salle polyvalente. Le défilé va pouvoir débuter en attendant l’annonce officielle. On se croirait chez Dior ou Chanel, les modèles se succèdent avec leur coiffeuse ou coiffeur, posent pour la photo souvenir devant le kakémono siglé L’Oréal. La musique galvanise les participants et les applaudissements retentissent.
Madame Oukina se prépare à récompenser les vainqueurs : « Aujourd’hui fut une belle fête, la fête de la coiffure. Vous étiez toutes et tous très bien préparés, vous vous êtes investis pleinement grâce aussi à vos enseignants très motivés. Je vous remercie mes chers collègues, vous avez vraiment valorisé cette belle voie professionnelle. Les notes très serrées témoignent d'un très haut niveau. Vous étiez tellement dans un mouchoir de poche que nous avons également attribué un prix spécial du jury. »
Le compte à rebours peut débuter,
En troisième position Chloé, deuxième Ludivine, et le gagnant est … Luka.
Le coup de cœur du jury est attribué à Candice
Standing ovation, distribution des cadeaux L’Oréal : rires, cris et larmes …
Les pédagogues de l’établissement sont ravies, Elisabeth Ottoz en premier lieu. L’enseignante déclare sa flamme à sa spécialité : « La coiffure est un métier artistique qui développe la créativité et une relation étroite avec les gens. C’est un métier passion où il y a énormément de compétences que l’on peut mettre en avant ». Mesdames Claus (DDF) et Perroud (RBDE), les yeux brillants, concluent la journée sur cette confidence : « La coiffure est un secteur en relative tension. Cela a toujours attiré du monde chez nous mais on constate ces dernières années un peu moins d’engouement au détriment de la cosmétique, peut-être l’effet réseaux sociaux ? »
Que les enseignantes se rassurent. Nul doute qu’avec de telles initiatives, la courbe devrait vite s’inverser.
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Les interviews en +
Nous avons interrogé le trio gagnant en amont ou à l’issue des résultats. Voici leurs réactions.
Chloé, 1ere année BP Coiffure au péage de Roussillon et Soline, son modèle, qui n’est pas du tout dans la coiffure, classées troisièmes
Comment s’est opéré le choix du modèle ?
C’est ma copine depuis l’enfance donc c’était assez facile de la choisir. Je lui ai demandé, elle a dit oui (rires).
Et toi Soline, pas de cours aujourd’hui, tu es excusée ?
Je suis en service civique, je devais travailler aujourd’hui mais je m’étais déjà engagée avant auprès de Chloé et donc j’ai pu poser ma journée sans problème, j’avais averti depuis longtemps.
D’où est venue cette idée du japon ?
J’aime le Japon depuis ma quatrième grâce aux mangas et aux animés que l’on a pu me faire découvrir au collège. Et depuis cela ne m’a jamais quitté. J’ai réalisé plusieurs coiffures comme ceci mais aujourd’hui c’est ma première fois sur un modèle vivant.
Qu’as-tu souhaité représenter ?
Des geishas, ce sont des japonaises traditionnelles. Cela explique également le maquillage réalisé, un maquillage type.
Soline, comment te sens-tu avec ce maquillage ? Tu trouves que c’est réussi ?
Franchement, je trouve que les maquilleuses ont fait un super travail. La coupe est super bien réalisée et je trouve que l’ensemble représente bien le Japon.
Chloé, que représente la coiffure pour toi ?
J’adore ça. Toucher les cheveux, apprendre de nouvelles techniques …
Si tu devais résumer la coiffure en un seul mot ?
Génial !
Qu’est-ce que l’on peut te souhaiter ? La victoire ?
Oui !
J’espère qu’elle va gagner (Soline).
Soline tu vas défiler ?
Oui c’est ce qu’on m’a dit. Je vais essayer de réussir à marcher avec des chaussures comme ça, ça va être compliqué (rires) !
Ludivine et sa sœur Justine
Vous finissez secondes, quel est le sentiment prédominant ? La déception ? la joie ?
Je suis très contente de moi car je ne pensais pas du tout arriver là.
Parle nous de ta coupe, qu’as-tu souhaité représenter ?
J’ai voulu mettre en valeur les cheveux très volumineux, frisés, et pouvoir montrer que l’on peut faire des coiffures très artistiques malgré la texture des cheveux.
En quoi la coiffure est un art selon toi ?
C’est un art parce qu’on peut jouer avec les cheveux, les texturiser, proposer une multitude de formes…
Quelle est la coupe tendance ?
Il y en a plein.
Et ta coupe préférée ?
La Butterfly. Il y a beaucoup de volume avec le brushing en y associant un dégradé, c’est très joli.
Et la coupe has been qu’il ne faut plus faire ?
C’est une très bonne question, il n’y en a pas forcément parce que je trouve que toutes les coiffures sont belles, elles dépendent de la personne.
Le geste du coiffeur qui n’existe plus ?
La mise en plis existe encore mais ça se fait un peu moins.
Et la coupe mulet, c’est tendance ?
Ça va très bien à certaines personnes.
Justine, fière de ta sœur ?
Oui je suis très très fière d’elle.
Luka, vainqueur et Elisa son modèle (en pleurs)
Elisa, on te sent très émue ? C’est si fort que ça ?
Oui, parce que je tiens énormément à lui dans ma vie personnelle, et je suis fière de lui. Je sais surtout le cœur qu’il y a mis, le temps passé, et l’importance que cela revêt pour Luka. Gagner c’est la plus belle chose qu’on pouvait espérer aujourd’hui.
L’osmose entre vous deux a-t-elle joué dans le résultat ?
Je pense un petit peu.
Luka, félicitations. Tu iras à Paris représenter l’académie de Grenoble pour la finale nationale, c’est une fierté ?
Oui, beaucoup de fierté. Honnêtement je ne pensais pas du tout gagner. Je suis vraiment content d’avoir cette place et je vais donner le meilleur de moi-même pour montrer ce que Grenoble vaut.
Raconte-nous un peu cette coiffure. Pourquoi le choix du japon ?
C’était un long mois de recherche. On a d’abord réfléchi au continent puis au pays et je suis tout de suite parti sur le continent que j’adore, l’Asie. Ensuite on a imaginé des coupes avec mon enseignante et on est tombés sur la coupe Himé qui était portée par les princesses japonaises. Je trouvais que l’élégance de la coupe correspondait parfaitement au thème, alors on est partis là-dessus. On a rajouté un niveau au milieu à la coupe pour faire en sorte qu’en regardant de face, elle ressemble à un torii qui est un portail sacré au Japon, et quand on le franchit cela signifie que l’on passe du monde réel ou culturel au monde sacré. Je trouvais ceci super joli et je l’ai donc implanté dans ma coiffure, et je suis assez fier du résultat.
Pourquoi la coiffure est un art ?
Parce qu’il y a des heures de travail.
Quelle est la différence entre le bon et le mauvais coiffeur ?
J’en ai aucune idée et franchement c’est une bonne question.
Que peut-on te souhaiter, en pensant à la finale à Paris ? Ramener la coupe à la maison ?
J’essaierai…
En bonus, un portrait chinois de la coiffure par Luka
Si la coiffure était une fleur ?
Je serais tenté de dire l’edelweiss par sa complexité mais pour la beauté, je dirais le lys.
Si la coiffure était un film ?
Comme la coiffure est présente dans la vie de tous les jours, je vais dire un film connu, je dirais un bon Titanic, comme tout le monde l’a déjà vu forcément une fois.
Si la coiffure était une chanson ?
La vie en rose d’Édith Piaf
Si la coiffure était un mot ?
Mode, élégance.
Si la coiffure était une devise ?
Pour la coiffure je ne sais pas mais j’aurais plus une devise pour les concours : Donner le meilleur de soi-même, et même si on ne gagne pas, on apprend toujours.
Mise à jour : mars 2026













