Classe investigation : quand des élèves d’un lycée drômois deviennent journalistes de terrain

Jeudi 26 mars, une classe de première du lycée Les Trois Sources à Bourg les Valence a revêtu, le temps d’une enquête, le costume de journaliste d’investigation.

Programmée dans le cadre de la 37e édition de la semaine de la presse et des médias dans l’École, dont le but est d’aider les élèves à comprendre le système des médias, former leur jugement critique, développer leur goût pour l’actualité et forger leur identité de citoyen, cette initiative était portée par le CLEMI (Centre pour l'éducation aux médias et à l'information). La séance pédagogique « Classe investigation » vise un meilleur décryptage de l’univers des médias tout en s’amusant. Les lycéennes et lycéens enquêtent alors sur des sources fiables pour réaliser une brève ou une chronique vidéo dans le cadre d’un JT.
Notons qu’en en cette fin d’après-midi, les élèves volontaires auraient pu choisir de finir leur longue journée de classe un peu plus tôt qu’à l’accoutumée. Sauf que cette seconde session de « Classe investigation » fit le plein d’apprentis journalistes. Le jeu en vaudrait-il la chandelle ?

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« Explosion dans une usine Seveso en Normandie »

C’est cet intitulé de départ qui sert de trame pour l’enquête. Réunies devant un écran au sein du CDI, les élèves de première option HGGSP (Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques) écoutent attentivement les deux formatrices à l’éducation aux médias et à l’information (EMI) Estelle Capelli, professeure d’histoire géographie et Fabienne Leclercq, professeure documentaliste, toutes deux en charge des opérations : « On démarre par un bref rappel des consignes. C’est un jeu de rôle, vous êtes des journalistes qui allez travailler en binôme ou trinôme. Après le visionnage du flash info, vous consulterez les différents indices pour préparer votre intervention lors d’un duplex sur le terrain. Vous n’aurez droit qu’à une seule prise ensuite pour vous filmer. C’est parti, on lance la vidéo ».

Flash info, similaire au format des médias d’information continue : « Une explosion a été entendue ce matin au sein d’une usine d’engrais chimiques classée Seveso, seuil haut en Normandie. On ignore encore s'il y a des blessés. Nous retrouvons en duplex nos journalistes présents sur place. »
Les enseignantes reprennent la main : « Et donc les journalistes sur place, vous l’avez compris, c’est vous. Quelles sont les premières questions qui vous viennent à l’esprit » ? Les réponses fusent : « Quelle est l’origine de l’explosion ? À quelle heure ? Avec quelles conséquences ? Les mesures mises en œuvre ? Des blessés sont à déplorer ? avec quelle gravité ?  Avons-nous un peu plus d’information sur cette usine ? ... »

Sept sur sept

L’espace du CDI est bien délimité. D’un côté les élèves, de l’autre les différents postes où se livrent précieusement les indices, sous forme audio, écrit ou en format vidéo. On retrouve pèle-mêle une experte en risque technologiques, le maire de la commune impactée (Gremonville), la sous-préfète du Havre, le sergent-chef des sapeurs-pompiers, la présidente de l’association « Gremonville en sécurité » et une habitante de la commune. Il y a même des dépêches AFP qui tombent comme la pluie sur le toit du lycée, ou encore un fil X (ex twitter) avec son lot d’informations et de désinformations. Sept témoignages pour autant d’indices…
Et au centre du jeu, les chefs d’orchestre Estelle Capelli et Fabienne Leclerq en maître du temps, qui toutes les 7 minutes, orientent vers un nouvel indice.
De retour à leur table, les élèves partagent les informations reçues avec leurs coéquipiers, Ils échangent les points de vue et confrontent les idées afin de co-construire une information. La tâche est relativement compliquée, selon les dires de Victor et Nathanaël : « Le mélange des informations pose problème car tous les intervenants ne disent pas exactement la même chose, il faut arriver à démêler le vrai du faux et sélectionner les nouvelles les plus pertinentes ». À la table voisine, la difficulté est ailleurs pour Narimène, Charlie et Manija : « Ecouter qu’une seule fois les intervenants, c’est vraiment compliqué. Pour le dernier indice par exemple, il semble que nous n'avons pas tout retenu, ça met un doute sur la justesse de l’ensemble des informations collectées pour notre compte rendu ».

Par contre, la collaboration n’est pas du tout un problème pour la triplette féminine, au contraire : « On essaye de se répartir les rôles, une qui écoute, une qui prend des notes, et une autre qui retranscrit les éléments importants. Vu qu’on s’entend bien, qu’on est amies et que ça se passe bien entre nous, c’est plus simple de se mettre d’accord et de réussir à faire quelque chose de plutôt bien. Personne n’essaye de prendre le dessus sur les autres ». 
Les stylos crissent encore sur les feuilles mais le temps de se filmer approche. Mesdames Leclercq et Capelli distillent les derniers conseils : « Le duplex doit répondre aux questions posées au début et doit commencer par le plus important, l’info doit être hiérarchisée et s'adresser à tous. Avez-vous pensé à citer les sources des informations les plus importantes ? Réfléchissez à qui parle, qui filme, le cadrage… Soyez concentrés, faîtes attention à la posture et l’articulation ». 

Analyse et projections

Ce petit moment en amont de la prise de vue est propice aux confidences. Nathanaël, Victor, Narimène, Charlie et Manija reviennent alors sur l’activité : « Cela nous plaît beaucoup, c’est la deuxième fois que l’on fait cet exercice, c’est super intéressant car désormais les informations émanent de différents canaux et il faut les vérifier. À nous de piocher les bonnes et de se concentrer uniquement sur celles importantes. Il nous reste encore quelques zones d’ombres à éclaircir, mais on est presque prêt pour enregistrer la vidéo ». Des élèves impliqués et très intéressés, source potentielle d’inspiration pour l’avenir ? Les trois jeunes filles se sont déjà posé la question : « C’est un travail intéressant de récolter des informations, il y a plein de challenge et c’est plutôt ludique. Devenir journaliste n’est pas forcément notre projet principal mais pourquoi pas » ?

Direction les annexes du lycée pour tourner l’ensemble des vidéos, souvent empreintes d’idées originales, puis vient le temps de la distribution de fiches d’auto évaluation aux élèves pour une introspection sur l’activité. Ce sera l’objet de la dernière séance qui sera également consacrée aux visionnages de l’ensemble des vidéos. Une analyse constructive permettra de faire encore mieux lors des prochains scénarios, même si le résultat est déjà remarquable.

Elise Lucet n’a qu’à bien se tenir…

L’interview en + :  « un travail au long cours »

Estelle Capelli, professeure d’histoire géographie et Fabienne Leclercq, professeure documentaliste, toutes deux formatrices à l’éducation aux médias et à l’information (EMI)  

Comment s’organise cette SPEM au sein du lycée Les trois sources ?

On y mène plusieurs actions mais c’est surtout un travail au long cours, tout au long de l’année.  C’est d’autant plus vrai pour la spécialité HGGSP où il y a tout un cycle consacré à l’information. On a notamment invité Benjamin Dard, rédacteur en chef à France Info et membre de l’association Conspihunter, pour un travail autour de la désinformation. Nous avons également collaboré avec la Fabrique média de Grenoble, et notamment Véronique Buto, journaliste, qui a travaillé sur l’IA, la rédaction d’articles et la génération d’images par ce biais. Et aujourd’hui, nous menons une séance autour d’un jeu très sérieux proposé par le Clemi intitulé « Classe Investigation » où les élèves sont mis dans la peau de journalistes. Après avoir mené une première séance, nous enchaînons avec un scénario d’une explosion dans une usine chimique. Nous avions souhaité réaliser cette seconde séance durant la semaine de la presse et des médias pour mettre en avant le parcours EMI que nous portons dans l’établissement, et pour valoriser cette semaine.

Quel est le principe de ce jeu ?

Il s’agit d’un jeu transversal qui va nous permettre d’aborder des compétences orales, écrites, de coopération, d’écoute etc. Les élèves vont réitérer ce qu’ils ont testé sur le premier scénario, ce qui nous permettra de mesurer leur progression par rapport à la prise d’information, la hiérarchisation, leurs interventions orales, ou encore le positionnement face à la caméra. C’est un jeu qui fonctionne toujours très bien car ils se sentent impliqués et très concentrés sur leur tâche. Ils proposent réellement des rendus originaux, créatifs et très pertinents.

Les élèves jouent, les enseignants aussi se sont-ils pris au jeu ?

Forcément car il faut les diriger, notamment au début lorsqu’ils sont à l’écoute des indices, ils veulent tout noter car ils ont le souci de bien faire. Nous sommes également obligées de les accompagner dans l’écriture et dans la réalisation. On évalue ensuite ce qu’ils ont produit avec des propositions souvent drôles, très différentes les une des autres. Ils retrouvent en jouant certaines difficultés qu’ils rencontrent dans des disciplines et dans des apprentissages, ils s’interrogent et développent un retour constructif sur leur travail, surtout à l’oral, cela peut impacter positivement leurs épreuves du bac.

On dit qu’on apprend mieux en jouant, c’est vrai ?    

En l’occurrence oui, totalement. Ce jeu est très bien fait, il développe de très nombreuses compétences.

Mise à jour : mai 2026