Questions-réponses ! Nathalie Reveyaz, référente académique Laïcité et Valeurs de la République
Nathalie Reveyaz, référente académique Laïcité et Valeurs de la République, revient sur la journée nationale de la laïcité programmée chaque 9 décembre. Un 9 décembre particulier car nous fêtons cette année les 120 ans de la loi de 1905. Et 120 ans, ce n’est pas rien !
La loi que l’on appelle communément la loi de 1905 s’appelle en fait la loi de séparation des Églises de l’État. Elle a été promulguée le 9 décembre 1905 et est entrée en vigueur dans la législation française le 11 décembre 1905. Elle proclame une liberté fondamentale : la liberté de conscience, c’est-à-dire de croire de ne pas croire, de pouvoir changer de religion, mais aussi le libre exercice des cultes sous réserve de l’ordre public, c’est-à-dire que l’on peut ainsi avoir une pratique religieuse garantie par la loi.
Pour comprendre l’objectif de cette loi, nous pouvons citer Aristide Briand, rapporteur de ladite loi : « La loi doit protéger la foi, aussi longtemps que la foi ne prétendra pas dire la loi ». Donc, cette loi de séparation des Églises et de l'État est avant tout une loi qui garantit l'égalité entre les cultes et consacre la liberté de conscience.
Les premiers articles donnent le périmètre de cette séparation, les 42 autres articles l’organisent.
Tout d’abord c’est une loi installée depuis 120 ans, ce qui n’est pas rien. Cette durée prouve qu’il existe un consensus autour de cette loi. Un consensus n’exclut pas les discussions, les interrogations, voire même les remises en question.
Ce qui la rend fondamentale, c’est qu’il s’agit d’une loi de liberté ! En effet, la loi de séparation est une loi de conciliation de la liberté religieuse et de son expression, avec comme garantie la neutralité de l’État.
La loi assure à tous les usagers, à tous les citoyens, un traitement égal qu’il ait ou non une religion ou une croyance. Chacun a une égalité en droit, et grâce à cette loi l’État s’oblige à être neutre et donc à ne pas considérer la religion, les croyances des usagers pour permettre cet accès au droit et aux services, et donc l’état respecte la liberté de chacun. Dans ce respect des libertés, dans cette conciliation, on permet également à ce qu’il n’y ait pas de pressions les uns sur les autres, ce qui favorise le vivre ensemble et la fraternité.
Oui, au-delà même de ce temps d’anniversaire, elle reste d’actualité dès que l’on évoque la question religieuse et la place de l’État dans le contrôle de cette liberté. Elle revient sur le devant des discussions politiques et médiatiques dès qu’il y a l’expression du religieux ou des idéologies dans l’espace public : quand est-ce que la conciliation débute, à quel moment cette expression devient une pression, quand est-ce que la neutralité de l’État est-elle engagée ? Neutralité religieuse mais également idéologique. L’État, comme garant de cette conciliation des libertés, du respect de ces libertés et donc de la sécurisation de l’espace public doit intervenir, répondre et agir pour que chacun puisse avoir sa croyance, l’exprimer et être en sécurité dans cette pratique.
Cet anniversaire a suscité, particulièrement pour les 120 ans, de nombreuses actions. C’est effectivement un bel anniversaire fêté avec enthousiasme dans les écoles, collèges et lycées. Cependant, toutes les années des actions se réalisent autour de cette journée du 9 décembre qui est une journée éducative importante, mais pour les 120 ans, on peut parler d’un pic.
Cette année, je retiendrais deux orientations dans les actions conduites :
- sur la loi elle-même, du fait des 120 ans, autour de la compréhension de la loi, la racine même et ses contenus.
- sur la compréhension de la laïcité et de ce qu’elle permet autour des valeurs de liberté, égalité, fraternité, de comprendre ce que la laïcité favorise en termes de liberté et de diversité…
Autour de la loi, il y a eu des Podcasts ou des émissions réalisées par les élèves en mobilisant les webradios des établissements, mais aussi des débats autour de la projection du film « la Séparation » de François Hauss, mis à disposition par le ministère, pour comprendre le mécanisme qui a conduit à la loi. Il y a également eu des illustrations de cette loi pour comprendre le cheminement juridique d’une loi.
Dans les actions autour de la laïcité et des droits qu’elle permet, il y a eu des travaux pour comprendre le périmètre de ce principe juridique, pour expliquer la laïcité aux parents, aux partenaires, avec des travaux également autour de la charte de la laïcité à l’école et des actions d’envergure qui ont mobilisé l’ensemble des écoles et des établissements avec des thématiques spécifiques par niveau, des ateliers, des jeux quizz ou jeu de plateau réalisé par des élèves en Haute-Savoie notamment.
Citons aussi un travail entre la laïcité de l’État instaurée par la loi de 1905 et la laïcité scolaire pour voir ses spécificités, ce qu’elle permet, son lien avec l’article 31 de la loi de 1905 qui punit les pressions visant à forcer ou empêcher quelqu’un d’exercer un culte, en relation avec la loi de 2004.
Toutes ces actions ont cherché à faire comprendre aux élèves ce principe juridique de la laïcité, fondement essentiel de la cohésion de notre société.
M. le recteur a pu rencontrer des élèves de l’école primaire, du collège, du lycée qui ont travaillé sur cette laïcité, sur cette loi, selon leur âge, pour apprendre et comprendre cette liberté fondamentale de la liberté de conscience et de la conciliation des libertés.
L’académie de Grenoble a eu également l’honneur de recevoir Monsieur le ministre de l’éducation nationale venu rencontrer les élèves et les équipes du lycée Louise Michel de Grenoble autour du travail engagé sur ce principe essentiel à notre République.
Permettez-moi de profiter de ce moment pour remercier tous les professeurs pour le travail engagé, la qualité des réalisations, le dynamisme créé autour de cette journée éducative, le travail était vraiment remarquable !
Cette formation a été mise en place depuis 2014, elle concerne tous les personnels : professeurs premier et second degrés, chefs d’établissement, la vie scolaire mais aussi les personnels AESH et administratifs.
Elle s’est renforcée depuis 2021 avec le déploiement du plan national de formation sur la laïcité et les valeurs de la République qui s’adresse à tous les agents d’état. Nous arrivons, dans l’académie de Grenoble, à la fin de ce déploiement. Nous veillons à former tous les nouveaux agents pour que tous partagent une même culture sur ce principe.
La formation liée à ce plan national comprend un temps à distance en auto-formation, puis un temps en présentiel pour échanger, comprendre, savoir agir… et savoir construire une éducation à la citoyenneté en direction des élèves.
Parallèlement, le programme de l’EAFC offre des formations sur l’enseignement laïque des faits religieux et sur tous les champs de l’éducation à la citoyenneté qui participent à cette formation sur la laïcité et valeurs de la république pour tous les personnels.
J’ai un terme, « enthousiasmant », car cette mission permet de lever les incompréhensions, favoriser les projets, mettre en œuvre l’éducation à la citoyenneté des élèves. Ce travail permet d’étayer, de rassurer, d’accompagner les équipes pour se saisir dans le quotidien des classes de ces valeurs afin de les intégrer dans leur pratique, car une formation est importante mais ne suffit pas, il faut accompagner sur le long terme pour aller plus loin …
C’est un travail qui se construit en synergie avec les autres référents académiques sur chacun des champs de l’éducation à la citoyenneté afin de travailler les valeurs de la République. Je pense à l’égalité entre les femmes et les hommes, la lutte contre les discriminations, notamment le respect de la dignité de la personne humaine qui rejoint la lutte contre le harcèlement, d’où le terme enthousiasmant.
Le 9 décembre est une journée qui permet de mettre en avant l’engagement des équipes, donc je dirais l’engagement.
Oui, travailler sur la laïcité, c’est ne pas se laisser enfermer par les discours portés sur la laïcité et de la considérer pour ce qu’elle est, en France, un principe constitutionnel qui permet à l’État d’adopter des lois sans considérer la morale religieuse, qui permet de garantir des libertés fondamentales.
Je ne suis pas tournée vers le passé et ces souvenirs m’appartiennent. Mon meilleur souvenir sera la prochaine rencontre sur le terrain avec des équipes enthousiastes construisant des projets riches pour leurs élèves…

"Questions-Réponses", une série de podcasts de l'académie de Grenoble qui mettent en lumière les métiers des Hommes et Femmes de l'académie à travers des interviews courtes et inspirantes.
Retrouvez les dans leur intégralité !
Mise à jour : décembre 2025


