Pose de Stolpersteine : le collège des 3 Vallées fait revivre la mémoire des déportés de La Voulte

Un formidable travail de recherche et d’investigation mené pendant deux ans par les élèves du collège des Trois Vallées à La Voulte, au sujet de citoyens juifs de la commune déportés en 1943, a connu son dénouement samedi 18 octobre, avec la pose de quatre Stolpersteine où pierres d’achoppements.

Œuvre de l’artiste berlinois Gunter Demnig, la Stolpersteine est un pavé de 10 cm de côté dont la partie supérieure affleure le sol. Recouverte d’une plaque de laiton, elle honore la mémoire d’une victime du nazisme et porte les inscriptions suivantes : « Ici habitait… », suivies du nom, de la date de naissance et du destin individuel de la personne. Ces pavés visent à rappeler à chacun que l’Histoire, avec un grand H, s’est matérialisée en ce lieu — qu’ici, une femme ou un homme a été arrêté pour un aller sans retour, coupable seulement d’être né(e) juif(ve).

Depuis la première pose en 1992 en Allemagne, quelque 100 000 pierres du souvenir ont été disséminées dans 25 pays d’Europe.

100 004 désormais… et bientôt 100 007.

Emotions partagées

Il y avait beaucoup de monde, en ce premier jour des vacances scolaires, au cœur de La Voulte-sur-Rhône, petite commune de 5 000 habitants située sur la rive droite du Rhône, terre de rugby mais aussi de résistance.
De nombreux anonymes, personnalités, collégiennes et collégiens étaient réunis solennellement pour honorer les citoyens de la commune déportés pendant la Seconde Guerre mondiale : Hélène Paluch, Henri Paluch, Joseph Hertz et Pierre Lazarus.

Parmi la foule : Jeanne, Antoine et Sylvain Lazarus, descendants de Pierre Lazarus. Ces derniers étaient entourés de M. Dulbecco, recteur de l’académie de Grenoble, M. Ndiaye, ancien ministre et ambassadeur, représentant permanent de la France auprès du Conseil de l’Europe, Mme Engel, consule générale d’Allemagne à Lyon, M. Saulignac, député, M. Benmussa, sous-préfet et secrétaire général de la préfecture, M. Brotte, maire de La Voulte, Mme André Coste, adjointe aux affaires scolaires, M. Ferroussier, vice-président du Département, M. Legendre, directeur de l’ONaCVG (Office national des combattants et victimes de guerre) de l’Ardèche, Mme Gardet, directrice du CARDIE, et Mme Astol, référente académique Citoyenneté et mémoire.
Cette pose de Stolpersteine a donné lieu à des moments de recueillement et à des discours empreints d’émotion.

Tirer le fil d’une pelote de laine

Carine Combe, professeure d’histoire-géographie de la classe de cycle (5e, 4e et 3e) au collège des Trois Vallées à La Voulte-sur-Rhône, est à l’origine du projet. En septembre 2023, elle propose à ses élèves de retrouver les noms des personnes déportées de la commune et de celle voisine de Saint-Laurent-du-Pape. Intrigués, les collégiens se rendent aux archives départementales, où débute un long travail de comparaison avec les noms répertoriés au Mémorial de la Shoah à Paris.
Sept personnes sont ainsi identifiées, de nationalité française, belge, russe, allemande et polonaise. Les élèves et leur enseignante poursuivent leur travail d’investigation qui, de fil en aiguille, les conduit à une découverte majeure : retrouver les descendants de Pierre Lazarus, résistant juif arrêté en 1943 dans sa maison du 10, quai Anatole-France à La Voulte.
Ses deux fils, Antoine et Sylvain Lazarus, alors âgés de 3 ans et 18 mois, furent mis à l’abri par la Résistance et terminèrent la guerre cachés, avec leur mère, dans une famille d’agriculteurs à Montmeyran (Drôme). C’était il y a 82 ans.

Mort pour la France, Pierre Lazarus figure sur le monument aux morts de La Voulte, mais aussi sur celui de Villard-de-Lans (Isère), où sa famille s’est ensuite installée. Après ce travail de recherche exemplaire, Mme Combe et ses élèves se sont rapprochés de la fondation Stolpersteine et ont entamé les démarches pour la fabrication de ces pavés mémoriels. Deux ans et deux mois plus tard, leur travail, reconnu à sa juste valeur, a été récompensé et salué.

« Porteurs de mémoire »

C’est par cette belle métaphore que se sont définis les jeunes voultaines et voultains lors du dernier temps de la cérémonie, organisée au sein du collège des Trois Vallées, devant une assemblée toujours aussi nombreuse « car si l’histoire est racontée, elle ne disparaît pas ».
Les collégiennes et collégiens ont également restitué les différentes étapes de ce projet d’envergure et lu des textes de déportés, se faisant « la voix de ceux qui ne sont plus » : Pierre Lazarus, Hélène Paluch, Joseph Hertz, ainsi que Gérard Khun et Arnold Sundelowitz.

Impressionnés par la présence de nombreux invités de prestige, les élèves n’en ont pas moins été profondément émus au moment de rendre hommage à d’anciens citoyens de leur commune.
Ce moment fort s’est achevé par “Le Chant des déportés”, avant que des remerciements chaleureux ne soient adressés aux élèves et à leurs professeurs, notamment par le recteur, qui a salué « une magnifique entreprise de mémoire et d’humanité ».

Le mot de la fin est revenu aux membres de la famille Lazarus, reconnaissants envers ces jeunes enquêtrices et enquêteurs. Très émus, Antoine et Sylvain ont confié aux élèves : « Vous nous avez rendu l’histoire de notre famille. Cette histoire, vous en avez fait une belle histoire ».

Reste désormais à transmettre le flambeau aux nouveaux élèves de la classe de cycle qui poseront prochainement les trois autres Stolpersteine à Saint-Laurent du Pape. Pour ne jamais oublier ce qu’ils ont subi.

 

Mise à jour : novembre 2025