Questions-réponses ! Loubna Kérioui et Séverine Conquet, lutte contre le Harcèlement scolaire
Loubna Kérioui et Séverine Conquet sont respectivement responsable académique et chargée de mission académique de lutte contre le harcèlement scolaire. Ensemble, elles reviennent sur la journée NAH du 6 novembre 2025 et nous font découvrir les coulisses de la lutte contre le fléau du harcèlement.
LK : Alors, mes missions en tant que responsable académique se déclinent essentiellement en trois points : le pilotage du traitement et suivi des situations au sein de l'académie, le déploiement du programme pHARe et des actions de ce programme dans les écoles et dans les établissements, et son corollaire qui est la formation des personnels au sein de l'académie.
SC : En ce qui concerne mes missions, la première est de superviser et de suivre les situations qui sont traitées au niveau des départements par les responsables départementales avec notamment une intervention et un suivi rapproché pour les situations les plus sensibles. La deuxième mission est de l'ingénierie de formation pour le groupe des formateurs académiques et pour penser en amont la formation des personnels des établissements.
LK : Ce programme de lutte contre le harcèlement à l'école, il est obligatoire à déployer par toutes les écoles et par tous les établissements de l'académie. Il se décline en trois niveaux : Le niveau 1 est obligatoire avec, pour traiter les situations, une équipe ressource de circonscription dans le premier degré, une équipe ressource établissement dans le second degré, une constitution d'équipes élèves ambassadeurs de lutte contre le harcèlement, une information aux familles du protocole et du programme, et puis le quatrième item sur ce niveau 1, c'est la participation à la journée NAH qui s'est déroulée cette année le 6 novembre. Le déploiement du programme pHARe, c'est trois niveaux de labellisation puisqu'on débute avec le traitement des situations, et puis on va de plus en plus, par les écoles et les établissements, vers une prévention extrêmement poussée, avec tout ce qui peut être mis en œuvre comme action pour aboutir à un climat scolaire de plus en plus apaisé dans les écoles et les établissements.
SC : C'est une histoire de maillage et d'articulation entre différents niveaux. Ce maillage s'est mis en place progressivement. On a le niveau établissement, le niveau départemental et le niveau académique. Si on part du niveau académique, avec Loubna nous sommes un maillon de la chaîne et nous travaillons de façon très étroite avec le maillon départemental constitué des référentes départementales qui, elles-mêmes, sont en lien avec une cellule d'appui qui est constituée d'un groupe de personnes comprenant des personnels infirmiers ou chefs d'établissements, etc., sur lesquels elles peuvent s'appuyer. Elles sont également en contact avec les inspecteurs du 1er degré, les IEN, qui eux sont en contact avec les établissements et elles sont aussi en relation avec les chefs d'établissement, les pilotes. Et dans le niveau établissement, il y a une équipe de personnes, une équipe ressource qui est formée pour lutter contre le harcèlement et qui travaille avec un coordonnateur. Donc voilà, c'est un maillon, c'est un ensemble de personnes qui travaillent ensemble à ces différents niveaux.
SC : Le 3018, c'est une plateforme de signalement qui est à disposition des familles. Derrière ce 3018, il y a des juristes, des psychologues, des personnels qui sont formés pour écouter ces familles. Si elles considèrent que l'enfant est potentiellement dans une situation de harcèlement, ils déclenchent un signalement qui va redescendre au niveau départemental et académique. Les référentes départementales ainsi que Loubna et moi allons voir ce signalement, et à ce moment-là va se mettre en place le protocole de traitement qui est propre au niveau départemental. Les référentes vont prendre contact avec la famille pour avoir plus de précision et pour expliquer quel est leur rôle, et comment elles vont pouvoir l’accompagner. Elles vont également prendre contact avec l'école, l'établissement ou l'inspecteur selon la situation. Il y en a un protocole bien précis et on va s'adapter bien évidemment selon les caractéristiques de la situation. Alors je dis "elles" parce que pour l'académie de Grenoble nous n'avons que des référentes départementales mais bien évidemment dans d'autres académies il y a des référents départementaux.
LK : Les actions ont été variées. Cette journée NAH s'inscrit dans le calendrier des temps forts de l'année du programme. Il y en a trois, ça commence par, effectivement, la journée de lutte contre le harcèlement, là s'est ouverte la nouvelle session pour la 13e édition du prix NAH et puis le dernier temps fort de l'année, c'est le Safer Internet Day qui démarra fin février et se déroulera tout au long du mois de mars.
Je reviens sur la journée NAH du 6 novembre. J'ai eu la possibilité de suivre M. le recteur lors des visites et on a pu constater à quel point les établissements étaient investis, tout au long de cette journée, avec des choses extrêmement variées : de l'organisation du procès du numérique sur « faut-il interdire les réseaux sociaux avant 18 ans ? », au lycée, jusqu'à une très belle action créative et artistique au Collège Condorcet à Tullins où M. le recteur a pu assister à un petit spectacle autour de la chanson de Maëlle et une chorégraphie réalisée par l’AS dance du collège. Donc ce sont vraiment des actions dans lesquelles les établissements et les écoles sont de plus en plus investis et proposent des choses extrêmement variées, je vais laisser Séverine parler de ce qu'elle a pu voir notamment dans le premier degré.
SC : Je suis allée visiter des écoles et ce qui était intéressant, c'est de voir que les actions menées au cours de cette journée n'étaient pas parachutées mais s'inscrivaient vraiment dans une logique, dans une culture d'établissement où le maître mot était justement le vivre ensemble, la solidarité, le respect, etc. avec une implication forte des élèves. Je suis allée dans une école où ils ont produit cette journée-là, quelque chose qui sera support de la participation au prix non au harcèlement. Ce qui est intéressant c'est de voir que cette journée qui pouvait être un peu parachutée avant, s'inscrit de plus en plus dans des actions plus larges, avec d'autres piqûres de rappel au cours de l'année.
LK : Comme l'a dit Séverine, une acculturation de la part des écoles et des établissements de plus en plus importante. Je laisserai Séverine parler de la réactivité des personnels sur le terrain. Moi, je voudrais revenir sur l'augmentation de la participation des écoles et des établissements sur les temps forts. Au concours du prix NAH, elle a augmenté de 20% l'an dernier, on espère encore cette année que ça puisse se développer encore plus, notamment, et ça sera une première pour nous dans l'Académie de Grenoble, par le biais de l'instauration des jurys départementaux qui vont précéder cette année la phase académique.
SC : Moi, j'aimerais souligner en fait la réactivité. C'est vrai que le programme pHARE, c'est quelque chose qui a été en construction et donc entre ce qui s'est mis en place il y a 3-4 ans et aujourd'hui, quand on a nos interlocuteurs au téléphone, on sent une réactivité, des choses qui se sont déjà mises en place, on sent qu'il y a eu des formations. Toutes les équipes ressources dans les établissements ont été formées. Bien évidemment, il y a encore du travail, c'est encore en construction mais on voit vraiment que les personnels ont des outils, ont quelque chose, ou au moins la ressource, ils savent, ils nous contactent. Le maillage est mis en place et ils savent sur qui s'appuyer pour réagir, et ça, c'est quelque chose qui est très fort.
LK : Et puis, juste, je voudrais ajouter, c'est la synergie aujourd'hui d'intervention des personnels. Une des priorités nationales aujourd'hui est la santé mentale. Et nous, dans notre dossier de lutte contre le harcèlement, bien entendu que santé mentale et lutte contre le harcèlement, ça va de pair.
LK : Alors, j'en utiliserais deux. La lutte contre le harcèlement, c'est faire en sorte que les enfants aient une bonne qualité relationnelle.
SC : Moi, je choisirais le mot communication. Communication au sens large, parce que sans communication on a des choses qui s'enkystent, des situations qui s'enveniment…
LK : Nous n'avons pas parlé des parents. Or, les parents ont toute leur place dans le déploiement du programme pHARe. Si le niveau 1, on est sûr de l'information aux parents, le niveau 2, on va être dans un début d'implication avec la mise en œuvre des ateliers parents. Et puis, le troisième niveau, c'est la formation des parents ambassadeurs. Donc, il est extrêmement important pour les personnels de l'Éducation nationale de pouvoir faire alliance avec les parents dans le cadre de la lutte contre le harcèlement.
SC : Alors, on peut peut-être parler de la question du cyberharcèlement et des réseaux sociaux. C'est quelque chose qui, à tous les niveaux, à tous les étages, on se pose des questions sans trop avoir de réponses pour l'instant. En tout cas, on propose des choses, mais on ne sait pas encore, on n'a pas la baguette magique qui permet d'éradiquer les problèmes liés aux réseaux sociaux. Alors, la première chose qu'il est importante de dire, c'est de ne pas décorréler le cyberharcèlement et le harcèlement. On ne peut pas parler uniquement du cyberharcèlement, etc. c'est vraiment un prolongement. C'est d'ailleurs une circonstance aggravante. Il se passe des choses dans l'espace physique quand on a du cyberharcèlement.
Et puis, on peut parler bien évidemment de la prévention. Si on n'a pas de baguette magique, on sait par contre que la prévention est très, très importante. On sait que la formation d'identité chez les ados et les réseaux sociaux, ce sont des phénomènes qui se nourrissent mutuellement. Et donc, quand on agit avec les ados, parler des réseaux sociaux et d'utilisation des écrans a toute son importance. Les violences en ligne, c'est quelque chose qui nous préoccupe et nous savons que nous avons encore beaucoup de travail pour savoir comment être efficace dans la prévention.
LK : Mon rapport à l'école a été un peu compliqué. Autant l'école primaire, c'était très important pour moi, cela a été un vrai lieu des apprentissages. Après, le secondaire a beaucoup plus été une souffrance. Je pense qu'il n'y a pas de mystère sur le fait que je sois là aujourd'hui. Mais je retiendrai quand même une chose, c'est l'année de quatrième et le théâtre avec notre professeur de français.
SC : Alors moi, je vais parler d'une rencontre. Quand je suis arrivée dans une nouvelle école, école de campagne au CP. Et donc, je ne connaissais personne, j'ai apporté une petite touche de mixité dans cette école. Et il y a une petite fille blondinette qui m'a demandé dès le premier jour si je voulais bien lui prendre la main. Sans trop révéler mon âge, 40 ans après, on est encore très, très proche, elle était la témoin de mon mariage. Et en fait, le harcèlement, c'est aussi ça, c'est ne pas avoir peur un peu de la différence, de la nouveauté et oser aller vers l'autre, faire en sorte que les élèves apprennent à se connaître et se rencontrent.

"Questions-Réponses", une série de podcasts de l'académie de Grenoble qui mettent en lumière les métiers des Hommes et Femmes de l'académie à travers des interviews courtes et inspirantes.
Retrouvez les dans leur intégralité !
Mise à jour : novembre 2025


