Sensibiliser la communauté éducative aux phénomènes de harcèlement dans le milieu scolaire, tel était l’un des objectifs majeurs de cette journée organisée tous les ans depuis 2015, au début du mois de novembre. Ce déplacement permettait également de rappeler combien la prévention et la lutte contre le harcèlement sont fondamentales pour permettre aux élèves d’avoir une scolarité épanouie.
Temps fort du programme de lutte contre le harcèlement à l’école (« pHARe »), cette journée de mobilisation a permis l’organisation d’une multitude d’actions au sein des établissements de l’académie, notamment en Isère.
Un tribunal particulier au lycée Charles-Gabriel Pravaz (Le Pont De Beauvoisin)
« Le Tribunal des Réseaux » est un facilitateur de débats sur la question du numérique. Par le biais d’un faux procès, un animateur amène les jeunes à réfléchir à l’impact qu’ont les réseaux sociaux sur leur vie.
Répartis en 6 équipes, les élèves de terminale STMG choisissent leur thème selon les affinités personnelles. Il y a ainsi les accusateurs, en l’occurrence le groupe des parents et celui des défenseurs du droit des enfants, les neutres, à savoir les experts en psychologie et les législateurs, et enfin les défenseurs, le groupe des entreprises des réseaux et les adolescents eux-mêmes. Aiguillés par des fiches thématiques, les élèves échangent et listent les arguments servant leur cause.
Messieurs Dulbecco et Gros en profitent alors pour participer aux ateliers et engager la discussion autour des sujets qui touchent la jeunesse, le harcèlement et le cyberharcèlement en premier lieu, l’usage du téléphone et des réseaux sociaux - avec parfois des temps d’écran quotidien important chez certains élèves - l’Intelligence Artificielle, l’orientation … Les discussions sont franches : « Le harcèlement c’est l’effet de groupe. On a deux vies : la vraie et les réseaux, mais on sait faire la part des choses… ».
Les débats continuent en attendant la synthèse et la restitution façon tribunal lors d’une prochaine visite. Direction l’école élémentaire.
Le questionnaire national d’auto évaluation avec les CM de l’école Libération (Rives)
Sur le plan national, entre le 6 et le 21 novembre 2025, tous les élèves du CE2 à la terminale, remplissent une grille d’auto-évaluation pour identifier d’éventuelles situations de harcèlement. Cette année, ils peuvent, s’ils le souhaitent, mentionner leurs nom et prénom pour faciliter la prise en charge des situations signalées.
Les jeunes rivoises et rivois ont donc décidé de régler la question dès le premier jour d’ouverture du questionnaire. Ils accueillent la délégation avec enthousiasme. Monsieur le recteur se veut pédagogue : « Vous allez remplir un questionnaire sur le harcèlement. On a tous pu être harcelé ou harceleur un jour, il est Important de dire si vous avez déjà été victime».
Christelle Garcia, enseignante et directrice de l’école relit ensuite les consignes, faisant référence à l’album rouge de Jan de Kinder étudié au préalable en classe. Ou comment Arthur, soudain devenu tout rouge, subi les moqueries répétées de ses camarades.
Les élèves répondent, appliqués. On échange de nouveau sur les solutions mises en place dans l’école en cas de situation équivoque : des réunions pour trouver des solutions, des messages clairs pour dire ce que l’on a sur le cœur…
De cœur il en est question justement quand il est demandé d’en dessiner un et de le découper dans une feuille rouge, puis d’écrire sur l’ardoise des mots blessants déjà entendus. Chacun leur tour, les élèves lisent leur message, et si celui-ci fait écho à une situation vécue, les camardes réagissent en froissant ce fameux cœur de papier : « Tu ne sers à rien », « Si tu le dis je te tue », « Sale bouffon », « T’es moche », « Personne t'aime », « Tu n'es pas une personne importante », « Pourquoi tu pleures t’es trop fragile » …
Métaphore frappante d’une situation de harcèlement, à l’issue de la lecture, certains cœurs se retrouvent en confettis, en miettes. Quand le harcèlement est résumé en un seul geste.
Collège Condorcet (Tullins) : La lutte contre le harcèlement, c’est plus marrant, c’est moins désespérant, en chantant
Un amphithéâtre tout bleu ou presque accueille Monsieur le recteur et Monsieur Gros sur le temps de la pause méridienne. Le silence se fait, les paroles de Maëlle - L’effet de masse* - brisent la glace. La chorégraphie des élèves de l’AS danse sublime la séquence et l’accompagnement du jeune Elias au violon immortalise l’instant, leur valant à toutes et tous les félicitations de Monsieur le recteur. Les applaudissements terminés, une distribution de « reconnaissances positives » écrites par les élèves et les personnels en amont de la journée NAH est organisée.
La délégation, de son côté, est reçue dans le « local sentinelle » par trois ambassadrices, Maxine, Juline et Félix, encadrées par les adultes membres de l’équipe ressource, le tout sous l’œil bienveillant de la principale de l’établissement.
Les élèves expliquent alors leur choix d'être sentinelles dans leur établissement et ce que cela leur apporte, leur rôle au quotidien et les actions NAH qu'ils mènent au cours de l'année : « Cet endroit est connu de tous. On accueille les personnes qui le souhaitent. On discute, on interroge, on évalue la situation grâce à notre outil, le « harcèlomètre » et selon la gravité, on va solliciter un adulte. »
Les adultes, par le biais de Mme Ghommidh (enseignante et référente pHAre), complètent : « Cet espace confidentiel non blâmant permet de travailler les compétences psycho-sociales, il fluidifie le climat scolaire. C’est très enrichissant en tant qu’enseignante, cela a changé l’approche de mon métier, remis en question mes pratiques en classe et fait évoluer ma propre posture. Ce collectif est un plus, il fonctionne car nous formons vraiment une équipe solidaire ».
Admiratif, le recteur interroge : « Qu’est-ce que ça vous apporte d’être sentinelle ? » Les trois jeunes filles sont unanimes : « Nous voulons aider les autres, les soutenir, les écouter. Les formations sont très riches et on apprend plein de choses, c’est vraiment une super expérience ». Monsieur le recteur abonde : « Par votre travail, vous participez à l’amélioration du climat scolaire, la clé d'entrée dans les apprentissages ».
La discussion rebondit sur le cyberharcèlement. Tous, élèves comme adultes, sont catégoriques : « La frontière est très poreuse entre les deux. Le numérique duplique les problèmes et crée l’effet boule de neige. Le cyberharcèlement tient en place le harcèlement ». La formule est parlante, le portable en pause au collège, appelé à se développer dans toute l’académie, pourrait bien être une des composantes de la solution.
Le mot de la fin revient à Monsieur Dulbecco qui, en ces temps de rédaction du futur projet académique, invite « les équipes de l’établissement à se saisir du sujet et contribuer à l’élaboration de ce dernier ». Le message semble passé auprès d’enseignants bouillonnant d’idées.
Comme le prouvent cette journée et ces trois visites, les consciences s’éveillent pour dire non au fléau du harcèlement. Une lutte qui débute inexorablement par le fait de briser le silence, comme l’a rappelé à tous Monsieur le recteur : « Que l’on soit témoin ou victime, à l’école, au collège ou au lycée, il faut en parler. Quand on se sent harcelé, la solution c’est de demander de l'aide, sinon ça s'aggrave ». En parler à une personne de confiance, d’un adulte de l’établissement, ou en appelant le 3018, ligne d’urgence nationale gratuite, anonyme et confidentielle.
* Maëlle - L'effet de masse
Il était dans ma classe
Il vivait dans ta rue
C'était celui d'en face
Oui, tu l'as déjà vu
Il partageait ton cœur
Dans les matins méchants
Tu riais de lui car
Il était différent
Aujourd'hui, c'est toujours la même histoire
Dans la vie
Ou dans les bruits de couloir
Dans les beaux bureaux en glace
Comme dans les couloirs d'école
C'est toujours l'effet de masse
Qui nous casse et nous isole
Sur les écrans, sous des masques
Dans des regards qui rigolent
C'est toujours l'effet de masse
Qui nous casse et nous isole
Il était dans ma classe
Il vivait dans ta rue
C'était celui qui passe
Mais son nom, je sais plus
Qu'est-ce qu'on peut être idiot
Quand on est plus nombreux
Je l'avoue, le cœur gros
Oui, j'ai ri avec eux
Aujourd'hui, c'est toujours la même histoire
Dans la vie
Ou dans les bruits de couloir
Dans les beaux bureaux en glace
Comme dans toutes les cours d'école
C'est toujours l'effet de masse
Qui nous classe et qui nous cogne
Sur les écrans, sous des masques
Dans des regards qui rigolent
C'est toujours l'effet de masse
Qui nous casse et nous isole
Il était à l'écart
Et on était plusieurs
Il faut un faire-valoir
Pour se sentir meilleur
Il était dans ma classe
Il vivait dans ta rue
C'était celui d'en face
On ne l'a plus jamais vu
Mise à jour : novembre 2025






