Les CHAMS de l’académie de Grenoble prennent officiellement leur envol…

Mercredi 5 novembre, dans le cadre du déploiement national du Plan Filles/Maths, Monsieur Dulbecco, Recteur de l’académie de Grenoble a officialisé le lancement des Classes à horaires aménagés en mathématiques et sciences à l’échelle académique.

Cette cérémonie était marrainée par Hélène Courtois, astrophysicienne, professeure et vice-présidente de l’université Lyon 1, et co-animée par Caroline Béal et Myrtille Gardet, copilotes académiques du plan Filles/Maths ou Filles/Stim (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), appellation académique.

Un lancement qui prenait corps à la lisière du superbe Jardin des plantes niché au cœur de Grenoble, également dénommé Joséphine Baker. Tout un symbole…

« La preuve du concept »

Dans son discours d’ouverture, Monsieur le recteur saluait « l’engagement de très nombreux enseignants et établissements dans ce dispositif, à tel point que l’académie de Grenoble se retrouve propulsée au rang d’académie pilote ». Un projet ambitieux, mais pour lequel Philippe Dulbecco se veut rassurant : « Je ne suis pas inquiet à condition de respecter deux conditions : une parité fille-garçons et travailler avec nos partenaires sur un projet scientifique au long cours. En faisant cela, on apportera la preuve de concept qu’une fille et un garçon, sur un projet scientifique, mobilisent leurs compétences exactement de la même manière ».

Faisant d’une pierre deux coups, Monsieur le recteur rattachait ce dispositif à une des actions fortes du projet académique en cours de rédaction, « la lutte contre les inégalités de destin ».

Un constat qui interpelle…        

Si Madame la Première ministre Elisabeth Borne a instauré au niveau national, le 7 mai 2025, le plan Filles/Maths, c’est que le postulat de départ laisse songeur : à l’heure actuelle, les filles représentent moins de 25% des élèves qui intègrent les formations scientifiques alors qu’elles sont 42% en terminale à suivre l’enseignement spécialité mathématiques. Une proportion qui stagne depuis plus de 20 ans avec un décrochage qui se formalise dès le CP. Un constat étayé, chiffres à l’appui, par Myrtille Gardet lors d’une intervention doublée d’un sondage interactif avec l’assemblée. On apprend notamment qu’entre 2013 et 2021, la proportion de femmes diplômées dans les STIM a diminué de 6%, tandis qu’elle augmentait de 19% en Europe.

Mais surtout, ce manque de projections de la part des jeunes filles dans les métiers de l’ingénierie et du numérique est pénalisant pour l’ensemble de la société. En effet, chaque année, la France manque d’environ 20 000 personnes ingénieures sur les 60 000 qu’il faudrait former, et d’ici 2035, le France aura besoin de 80 000 à 100 000 femmes et hommes ingénieurs et techniciens par an. D’où la nécessité de proposer un plan d’action fort vis-à-vis de l’ensemble de la communauté.

3 axes forts

Un plan qui s’articule autour de trois grands axes :

  • Former et sensibiliser la communauté éducative afin de développer une pédagogie plus égalitaire et améliorer encore l’accompagnement des jeunes filles. L’objectif est d’intervenir auprès des enseignants du premier degré comme du second degré afin que chacun puisse repérer et corriger les biais qui peuvent freiner l’orientation des filles vers les filières scientifiques et technologiques.
  • Rapprocher les filles des mathématiques et des sciences de sorte qu’elles osent se projeter dans des parcours scientifiques et s’orienter vers les filières de l’ingénieur et du numérique. Il s’agit de déconstruire les stéréotypes de genre liés aux sciences et aux mathématiques.
  • Ouvrir les horizons des jeunes-filles et susciter des vocations, notamment en rendant visible des modèles féminins inspirants, qu’il s’agisse de scientifiques, d’ingénieures ou d’enseignantes, pour montrer la diversité des parcours possibles. Les modèles féminins ont été démontrés par la recherche comme particulièrement efficaces.

Des axes développés et caractérisés lors d’une table ronde animée par Caroline Béal accueillant Marion Bard, chargée des actions sciences et jeunesse au CEA, Karine Bethenod, enseignante de mathématiques au collège des Collines à Chirens (Isère) et Cathy Schneider, principale adjointe du collège Barjavel à Nyons (Drôme).

On retiendra notamment l’importance d’inviter les jeunes sur site afin de « donner vie à ce qu’est un métier scientifique » dixit Marion bard, ou réciproquement « convier des doctorants à rencontrer des élèves dans le cadre d’actions scientifiques », avec en filigrane l’idée d’un dialogue entre jeunes de la même génération.

« La pédagogie de projet est essentielle dans ce dispositif » témoignera ensuite Karine Bethenod, s’appuyant sur l’expérience portée au sein de son établissement, à savoir imaginer et créer avec des chercheurs, un paysage local à plus de deux degrés et mettre concrètement en lumière le réchauffement climatique. Une enseignante qui soulignera également l’importance des « gestes professionnels pour installer un contexte égalitaire » tout en s’évertuant à « expliciter la parité ».

Cathy Schneider rappellera, en guise de conclusion, toute l’utilité des CHAMS afin de « lutter contre le déterminisme, rendre les sciences concrètes et mieux comprendre le monde ».

Une académie précurseure

L’académie de Grenoble possède une trentaine de classe CHAMS, soit à elle seule, la moitié des effectifs au niveau national. Un engagement qui reflète une prise en compte de la problématique depuis plusieurs années déjà mais également la présence d’un terreau très fertile en termes de centres de recherches, d’industries et d’entreprises scientifiques.

Forts de ces partenariats déjà installés, de nombreux établissements se sont donc logiquement mobilisés et portés volontaires pour mettre en place ces classes CHAMS. Elles consistent en un enseignement renforcé dans les mathématiques et les sciences, basées sur une démarche de projet, en lien étroit avec des partenaires et débouchant sur une réalisation concrète.

L’enjeu est de développer le goût des élèves pour les mathématiques et les sciences, en amont des paliers d’orientation, pour créer des viviers de futurs étudiants et étudiantes STIM, avec pour ambition de favoriser la réussite scolaire, la mixité sociale et territoriale et l’égalité filles-garçons.

Un second volet se déploie également autour de la formation à l’attention des cadres, des enseignants du 1er et du 2nd degré et des équipes pédagogiques. Déjà déployées, elles vont se poursuivre en mettant l’accent sur les Pratiques Efficaces et Équitables qui incluent les pratiques égalitaires.

Les yeux sur Laniakéa

La conférence de clôture d’Hélène Courtois, marraine de l’évènement, permettait de découvrir une femme inspirante, guidée par sa passion pour les sciences et notamment son domaine de prédilection, la cartographie des galaxies de l’univers.

La scientifique de renom débutait son propos en présentant une BD retraçant sa vie : Galaxie Mappers. C’est l’histoire d'une petite fille née à Chambéry au milieu des montagnes, cette « bonne région pour faire des sciences », qui sera marquée dès le plus jeune âge par sa rencontre avec maîtresse Colette. La petite fille grandit, la tête dans les étoiles, avec la volonté farouche de faire corps avec elles. Sur les bancs de l’université Grenoble Alpes, au milieu des collègues masculins, Hélène Courtois trace sa voie - céleste - et se spécialise sur la structure à grande échelle de l'univers.

Un sujet qui vous emmène au pays des télescopes géants (jusqu’à 500 mètres de diamètre) et qui donne droit à la découverte d’images exceptionnelles, notamment celles de Laniakéa - horizon céleste immense en Hawaien - superamas de galaxies incluant la voie lactée. Avec ses innombrables voisines, elles convergent le long de nombreux filaments vers un « Grand attracteur ». Laniakéa n’est pas seule, elle est entourée de cinq continents voisins…

Il est l’heure de conclure avec quelques recommandations plus terre à terre pour évoluer dans les sciences, dont la nécessité absolue de maîtriser les mathématiques, le « langage des physiciens » ou encore l’importance de savoir parler plusieurs langues étrangères afin de communiquer avec les scientifiques du monde entier.  Un dernier conseil aux jeunes en guise de clin d’œil, peut-être le plus important : «Suivre son cœur et faire des choses qui vous plaisent ». Standing ovation !

La marraine des CHAMS a placé la barre très haut. L’académie de Grenoble s’engage à suivre cette ambition, à viser, elle aussi, les étoiles et à ouvrir pour chacune et chacun les voies de la réussite scientifique. La lutte contre les inégalités de genre passe par là.

Mise à jour : novembre 2025