La SIP devient le SIP !
Pour sa quatrième édition, la Semaine internationale de la pédagogie évoluait pour devenir le Séminaire international de la pédagogie. Programmé sur deux journées au lycée Emmanuel-Mounier de Grenoble, ce SIP, organisé sous forme d’échanges et de travaux, visait à réduire les inégalités par des pratiques pédagogiques efficaces et équitables, dans la continuité des éditions précédentes consacrées à l’évaluation (2022), à l’hétérogénéité (2023) et aux interactions en classe (2024).
À l’image des trois premiers volets, cet événement ambitionnait de poursuivre et de renforcer les liens entre recherche, formation et pratiques en classe, en prolongeant les cinq axes de travail du Pôle Pégase : formation initiale, formation continue, recherche collaborative, recherche longitudinale et dissémination.
Porté par l’Université Grenoble Alpes, en partenariat avec les académies de Grenoble et de Guyane, les universités Savoie Mont Blanc et de Guyane, ainsi que le réseau Canopé, Pégase est un pôle de formation et de recherche pour l’éducation dont l’ambition est de réduire les inégalités dans le système éducatif. Il a pour vocation de développer des projets entre enseignants, chercheurs et formateurs d’enseignants afin de renforcer l’apprentissage des savoirs fondamentaux et de contribuer ainsi à faire de l’école un lieu plus égalitaire.
Comme un symbole du développement constant de cet événement, deux éminents représentants de la DGESCO participaient pour la première fois aux débats : M. François Vandenbrouck, sous-directeur de l’innovation, et Mme Magali Villain-Lopes, cheffe du bureau de l’innovation.
Des prises de parole engagées
Joseph Sergi, proviseur du lycée Emmanuel-Mounier, en qualité d’hôte, souhaitait la bienvenue à l’ensemble des participants, « heureux d’accueillir ce séminaire pour la deuxième fois en quatre ans ».
Marc Oddon, vice-président Formation de l’UGA, soulignait ensuite « la dynamique extrêmement forte régnant au sein de l’académie, fondée sur la proximité entre l’université, le terrain et la formation ».
Le recteur Philippe Dulbecco s’inscrivait dans les propos de Marc Oddon, revenant sur l’ADN de l’académie de Grenoble : « Cet écosystème entre recherche, éducation et formation, entre ceux qui pensent, ceux qui conceptualisent et ceux qui font ». Refusant « la fatalité des IPS », le recteur remerciait ses collaborateurs d’avoir sonné, au sein de l’académie, « le tocsin de l’urgence pour s’intéresser, même lorsque les résultats semblent plutôt bons, à ces élèves qui, dans chaque classe, sont en difficulté ». D’où l’importance d’un séminaire consacré aux pratiques efficaces et équitables pour réduire les inégalités, invitant à « un spectre le plus ouvert possible pour aller chercher tous les élèves en difficulté ».
Soulignant « l’importance de cette journée pour l’académie de Grenoble », à quelques encablures de l’élaboration de son futur projet académique, le recteur évoquait la chance inouïe dont dispose l’académie pour réussir : « Le travail réalisé depuis plusieurs années est un petit trésor dans lequel nous puisons. Nous avons construit une stratégie pédagogique pertinente en nous appuyant sur un socle de recherche afin de déployer une pédagogie efficace et équitable pour lutter contre les inégalités de destin. »
À l’heure de conclure, Monsieur le recteur évoquait un sujet qui lui est cher : la preuve de concept : « Soyons plus modestes au départ, mais plus ambitieux au final. Choisissons une vingtaine d’établissements, mettons-y toutes nos forces et accompagnons-les jusqu’à atteindre l’objectif ». Les établissements du secteur devraient ensuite bénéficier de ce rayonnement pour s’engager plus facilement dans la démarche, pour, espérons-le, un succès à la clé : « Je suis convaincu que vous êtes dans le juste, que nous sommes dans le juste, pour en voir les applications concrètes dans nos établissements de notre belle académie de Grenoble».
Magali Villain-Lopes prenait ensuite le relais. La cheffe du bureau de l’innovation (DGESCO), heureuse de retrouver l’académie de sa jeunesse, rappelait des chiffres éloquents : « jusqu’à 30 points d’écart dès la maternelle entre un enfant d’ouvrier et un enfant de cadre ». Paraphrasant des paroles d’élèves rencontrés au cours de ses missions, elle formulait ce constat : « L’équité se construit chaque jour dans les interactions avec les élèves et dans les choix pédagogiques.» Saluant « la culture et les racines d’innovation de l’académie », elle concluait : « On ne perd rien à innover si l’on se donne les moyens d’évaluer » et « l’innovation pédagogique n’a vraiment de sens que si elle est humaine ».
François Vandenbrouck, sous-directeur de l’innovation, de la formation et des ressources (DGESCO), souligna à son tour un chiffre encourageant : « 91 % des professeurs déclarent que leur mission permet de corriger les inégalités sociales ».
Et de questionner : « Comment faire pour que cet engagement individuel devienne une force collective ? » Le tout dans l’optique de « renouer avec la promesse républicaine de ne laisser aucun élève au bord du chemin ».
François Morel, directeur territorial Auvergne-Rhône-Alpes du réseau Canopé, ponctua ces temps de parole en saluant « ce beau travail partenarial réunissant toutes les composantes de ce séminaire ».
Un SIP décliné en différents temps complémentaires
Durant deux jours, chercheurs de renommée internationale, formateurs, enseignants et cadres de l’éducation ont croisé les expériences de terrain et les résultats de la recherche en éducation, tout en offrant un espace de présentation des travaux portés par les équipes du Pôle pilote Pégase.
Des conférences de chercheuses et chercheurs ont notamment proposé des éclairages théoriques sur les dimensions d’efficacité et d’équité en pédagogie. Ainsi, Céline Darnon, professeure des universités à l’Université Clermont Auvergne, s’est intéressée aux « freins et leviers de la promotion des pratiques efficaces et équitables à l’école ».
Le mercredi 22, Grégoire Borst, professeur de psychologie à l’Université Paris Cité, évoquait « la capacité des élèves à résister (inhiber) certains automatismes de pensée, un enjeu pour accompagner la réussite de tous ».
Un peu plus tard, Marie Bocquillon, professeure régulière au département Éducation de l’Université TÉLUQ (Québec, Canada), abordait « l’enseignement explicite, une approche pédagogique équitable ».
Enfin, André Tricot, professeur des universités à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, interrogeait : « Savoir comment les élèves apprennent permet-il d’enseigner plus efficacement et plus équitablement ? ».
Des ateliers de réflexion ont permis aux participants de s’approprier les apports des conférences, de les mettre en lien avec leurs contextes professionnels et d’envisager des pistes de transfert dans leurs pratiques.
Les expérimentations et actions menées dans le cadre du Pôle pilote Pégase ont été mises en lumière lors d’ateliers de présentation de projets. Citons notamment des groupes de travail autour des thèmes :
- « Outils numériques et IA : atouts et limites pour décliner des gestes professionnels efficaces et équitables » ;
- « L’enseignement explicite des comportements » ;
- Ou encore « Focus sur un geste professionnel efficace et équitable ».
Enfin, des temps informels – indispensables – ont favorisé les échanges, l’exploration de ressources, la manipulation d’outils et le partage entre tous.
Ces deux journées riches en échanges et en apprentissages se sont conclues par une dernière prise de parole de la maîtresse de cérémonie, Myrtille Gardet, conseillère académique recherche, développement, innovation, expérimentation (CARDIE), porteuse de l’action 5 du Pôle Pégase, et de François Vandenbrouck : « L’efficacité n’a de sens que si elle est au service de l’équité (…) Enseigner efficacement, c’est ajuster ses pratiques avec clarté et cohérence entre intentions et actions ».
Visant la transformation des pratiques enseignantes de la maternelle au lycée pour renforcer l’apprentissage des savoirs fondamentaux et contribuer ainsi à réduire les inégalités sociales, territoriales et cognitives, le Pôle Pégase, à travers ce séminaire, aura parfaitement réussi à insuffler l’énergie nécessaire à de telles évolutions.
Reste à transformer l’essai. En classe, notamment, là où tout se joue…
Mise à jour : novembre 2025





