Des sportifs de très haut niveau à la rencontre des élèves du lycée A. Bergès à Seyssinet-Pariset

Dans le cadre de son projet innovant « se dépasser pour réussir », des élèves de STMG ainsi que des étudiantes et étudiants du BTS MCO du lycée de Seyssinet-Pariset ont accueilli, le temps d’une matinée, Carole Montillet, Maurice Manificat et Aurélien Sadorge. Trois noms qui riment avec champion.

« La filière STMG (Sciences et technologies du management et de la gestion) mérite amplement d’être mise en avant. Mais je dirais surtout l’inverse : elle ne devrait pas se dire qu’on a besoin de la valoriser. Il n’y a pas de raison que l’on fasse différemment avec ces élèves, ils ont de l’ambition comme les autres, et ils ont parfaitement raison d’avoir de l’ambition ». David Inès, proviseur de l’établissement, plante le décor. C’est sous cette idée qu’est né le projet « se dépasser pour réussir » avec la volonté affichée de « rendre possible ce qui semble impossible aujourd’hui ». Où il est notamment question d’estime de soi, de progression et de poursuite d’études.

Un projet porté par Mme Anne Sophie Thiebaud, professeure d’économie-gestion, qui doit également beaucoup à Mme Mazet, DDFPT (Directrice Déléguée aux Formations Professionnelles et Technologiques en établissement) et référente des BTS MCO (Management commercial opérationnel), ainsi que les professeurs principaux des classes de 1ère STMG : Mme Lamrani, M. Varray et M. Moreau.

Déployer une ambition collective

Les portes de l’administration sitôt franchies, la bienveillance et la bonne humeur animent la salle de réception. Il faut dire que les étudiantes et étudiants de BTS MCO ont investi les lieux, en compagnie de leurs prestigieux invités, l’équipe enseignante et celle de direction. Alicia, Yanis, Léa, Abdel, Lola, Mallaury, Adem et leurs camarades de BTS sont partie prenante de cette e+ntreprise, depuis l’organisation jusqu’au financement en passant par la case animation. Un projet qui a maintes et maintes vertus.

David Inès nous aide à lire entre les lignes : « Depuis deux ans, le lycée Aristide Bergès s'engage dans une dynamique ambitieuse de valorisation de la filière STMG : partenariats avec les entreprises, création d'une mini-entreprise, entretiens individuels réguliers.  Cette année, nous franchissons une nouvelle étape en intégrant le continuum Bac-2 / Bac+2 avec nos étudiants de BTS MCO. « Se dépasser pour réussir » tisse des liens entre l'école, le sport de haut niveau et le monde de l'entreprise pour ouvrir à nos jeunes le champ des possibles. Nos objectifs sont multiples, nous souhaitons développer la confiance en soi et la capacité à se dépasser, préparer l'entrée dans l'enseignement supérieur et le monde professionnel, créer une cohésion entre les élèves de STMG et les étudiants de BTS et enfin inspirer par l'exemple de parcours d'excellence entrepreneuriale et sportive ».                                                                                Excellence sportive, nous y sommes.

Des médailles en veux-tu en voilà

Tonnerre d’applaudissements et standing ovation… les 130 élèves réunis dans l’amphithéâtre de l’établissement isérois ne se sont pas trompés au moment d’accueillir Carole Montillet, Aurélien Sadorge et Maurice Manificat. Il fallait au moins cela pour saluer le palmarès élogieux de ces champions olympiques et mondiaux. 

Le calme revenu, les athlètes assurent les présentations, Carole Montillet en premier lieu : « J'ai pratiqué du ski alpin pendant 30 ans dont 25 de compétition. Ma spécialité était la descente où les vitesses sont proches des 150 km/heure. J’ai fait 25 podiums et gagné 8 épreuves coupes du monde, mais il y a eu beaucoup d’échecs avant les réussites. J’ai surtout eu la chance d'être championne olympique à Salt Lake city en 2002. Je vous ai même apporté ma médaille, touchez-là ça porte bonheur, mais pensez bien à me la rendre à la fin » ! L’humour n’est pas la dernière qualité de la grenobloise. Ce que la championne, modeste, oublie de préciser, c’est que la France ne compte que trois médaillées d’or en ski alpin, et parmi eux, Carole Montillet est la seule à être championne olympique de descente. 

Des précisions apportées par Maurice Manificat, tel un hommage à sa camarade de jeu, lui qui a préféré le ski de fond, « un sport de vieux » dixit l’intéressé. « À tort », évidemment. Le natif de Thyez en Haute-Savoie n’est pas en reste non plus côté palmarès, étant tout simplement le fondeur français le plus médaillé aux JO avec 4 médailles de bronze, toutes par équipes : Sotchi en 2014, PyeongChang deux fois en 2018 et Pékin en 2022. « Le ski de fond est un sport individuel qui se pratique en équipe », soulignant au passage les quelques 250 jours par an à côtoyer ses « adversaires » ou plutôt « partenaires de jeu » lors des sessions d’entrainement et des compétitions. Partenaire car « le sport c’est avant tout le fair-play », le champion y tient. Le chemin de l’athlète français n’a pas été un long fleuve tranquille, bien au contraire : « Une carrière ce n’est jamais tout rose, c’est beaucoup de travail, d’abnégation, des grosses désillusions pour quelques secondes parfois mais aussi des grandes fiertés quand la roue tourne du bon côté ».

Natif d’Orléans, Aurélie Sadorge a rejoint Grenoble il y a 15 ans. Lui aussi aime la glisse, mais son terrain de jeu est au-dessus des montagnes, à des vitesses qui donnent le vertige : « Je pratique le parachute depuis huit ans, et petit à petit je suis venu au wingsuit. Il s’agit de faire des sauts depuis un avion ou un hélicoptère, avec des figures imposées et libres à 300 km/h, à des températures à moins 20 voire moins 30°, en étant à environ 1 mètre de ses camarades. Cela demande d’être très réactif et d’avoir de bonnes connaissances en aérologie si tu veux éviter de te retrouver entrainé vers la paroi ».

Le jeune homme joint le geste à la parole et déplie sa voile, son « petit carré volant ». À force de volonté, il est devenu champion du monde par équipe : « Nous sommes partis de rien et avons commencé par chercher des sponsors pour voler, puis il a fallu s’entrainer plus que les autres pour compenser notre déficit de niveau. Champion de France puis champion du monde, c’est énormément de travail. » Aurélien Sadorge se sait chanceux : « J’ai été percuté lors d’un entraînement à 200 km/h et seulement blessé. Quinze jours plus tard, un camarade n’a pas eu la même chance… c’est un sport dans lequel tu n’as pas trop le droit à l’erreur, il faut être précis et très rigoureux. Les têtes brulées, elles ne sont plus là pour témoigner ».

« L'entraînement bat le talent quand le talent ne s'entraîne pas »

Maurice Manificat a le sens de la formule. Paraphrasant un préparateur sportif dont la devise est affichée dans une salle de musculation, l’athlète souhaite, au cours du second temps de cet échange organisé sous forme de questions-réponses, insister sur la notion d’effort et de force mentale pour arriver à ses fins. Un leitmotiv repris en chœur par la triplette de champions. Le parallèle avec la vie des élèves, étudiantes et étudiants se fait naturellement. Le fondeur insiste : « Chacun a ses objectifs et ses limites que l’on doit vouloir dépasser, et pour cela il faut travailler, croire en soi et persévérer ».

Carole Montillet évoque le sujet du stress, salvateur à bien des égards : « Trop de confiance en soi, ce n’est jamais bon. Cette petite appréhension t’aide à rester vigilant et la meilleure façon de la maîtriser, c’est de se préparer ». Un stress qui, année après année, a tendance à s’atténuer.

C’est en tout cas l’avis d’Aurélien Sadorge : « En vieillissant, tu connais tes qualités et tes défauts, ça permet de moins t'inquiéter même si dans mon sport, tu as toujours peur, tu es sous pression tant que tu n’es pas au sol ». L’acrobate poursuit avec cette belle métaphore entre le sport de haut niveau et les études : « Les entraînements ce sont les révisions, la compétition c’est l'examen ».

De l’or en barre…

Ou plutôt arrondi, à l’image de la médaille de Carole Montillet, fabriquée avec les 14 métaux de l'Utah dont seule la dernière couche est en or. La transition avec l’aspect financier est toute trouvée, lui qui aujourd’hui, n’est plus un sujet tabou : « Pouvez-vous vivre de votre sport » ? Carole Montillet se fait la porte-parole de ses camarades : « Nous n’avons pas les mêmes salaires qu’au foot. Notre leitmotiv n’est pas la fiche de paye, ce sont les médailles. La réussite financière, ça fait rêver évidemment, mais cela ne fait pas tout, tous les jours tu travailles car tu as besoin d’être fière de toi ». De quoi prendre un peu de recul avec la notion d’argent facile… 

La motivation, aussi, vaut de l’or : « Quand on est champion olympique, est-ce que l’on peut encore avoir envie de se challenger après ça » ?

Maurice Manificat verse dans la philosophie : « S’il n’y a plus de désir, est-ce que c’est la mort (rires) » ?  Carole Montillet livre sa vision des choses : « C’est dur pour beaucoup car champion olympique, c’est le rêve ultime. Sauf que le titre olympique, c’est le titre d’un jour, et moi j’ai toujours préféré la reconnaissance de mes pairs. Le globe de cristal, c’est l’objectif final (acquis en 2003), il récompense la régularité de la saison et là tu peux voir du respect dans le regard de tes adversaires ».

Ambition, effort, plaisir, discipline

Ce sont par ces termes que les élèves répondent aux sportifs lorsqu’ils les interrogent sur « Qu’est-ce que le sport ? » 

On aurait pu ajouter sacrifice, victoire ou encore égo, à l’image de cette question adressée à Maurice Manificat : « Cela n’a pas titillé votre orgueil de ne jamais vous imposer aux JO » ? Le champion analyse avec recul : « J'étais triste car tu as envie de réussir pour ta famille, ton entourage. J'ai eu d'autres accomplissements. La victoire ce n'est pas qu’être premier. Des fois, tu es troisième et quand tu sais qui est le premier ou le deuxième, tu t’en contente ».  De quoi savourer la victoire à sa juste valeur et le plaisir qu’elle procure quand elle se présente.

Du bien-être, il en est question juste après : « La performance passe-t-elle par la notion de plaisir » ?

Aurélien Sadorge est mesuré : « Le bonheur, c’est très personnel. Moi en compétition, il n’y en a quasiment pas, il est dilué dans le doute et la peur de ne pas y arriver ». Maurice Manificat abonde : « Parfois, tu te trouves dans un état de grâce qui va t’offrir la course parfaite, le plaisir sera alors de 200% et compensera les nombreux moments où c’est très dur. De mon côté, je fais en sorte d’éprouver du bien-être chaque journée, même pendant les entraînements, quand tu perfectionnes un geste technique par exemple, car après ça devient très vite difficile mentalement. » 

Le temps passe, trop vite, malheureusement. Un dernier mot sur le dopage pour conclure. Nos sportifs sont très loin de tout ça, même si on n’est pas à l’abri d’une imprudence… aux conséquences graves. De par la nature de son sport, Maurice Manificat est le plus concerné. Il avoue « avoir du mal à comprendre le schéma mental pour arriver à ce processus de tricherie, car la tromperie ce n'est pas du sport », et après réflexion ajoute : « Le dopage touche souvent les sportifs de niveau intermédiaire car ils travaillent beaucoup et sont frustrés de ne pas avoir de résultats. » Carole Montillet saura résumer l’esprit de tous face à cette attitude anti sportive : « Il faut pouvoir se regarder dans une glace le soir ».

David Ines, en maître du temps, conclut ce superbe moment : « Comme ces champions, retenons, pour faire le parallèle avec votre parcours en STMG : le plus important n’est pas forcément le résultat final, mais tout ce qu’il faut mettre en œuvre pour y parvenir. Retenons également que l’échec ou l’erreur fait partie du parcours, c’est aussi une manière d’apprendre ».

Le projet « Se dépasser pour réussir » ne s’arrête pas là. Il se poursuivra le 21 janvier 2026 avec La Foulée Blanche d'Autrans et la participation de près de 100 élèves, étudiants et enseignants à cette course emblématique de ski de fond. L'enjeu sera de transformer ce qui semble impossible en un jalon de réussite personnelle. Chacun à son rythme, mais tous franchissant la ligne d'arrivée.

Le mardi 10 mars 2026, les 130 élèves auront la chance de rencontrer une quinzaine de chefs d'entreprise et de parents entrepreneurs lors d'un speed-meeting dynamique avec au programme des échanges sur les parcours scolaires et professionnels, l'esprit d'entreprendre, les défis rencontrés et les clés de la réussite.

Enfin, lors du joli mois de mai, une soirée de valorisation réunira l'ensemble des acteurs du projet : élèves, étudiants, familles, sportifs, entrepreneurs et partenaires. Ce temps fort permettra de célébrer le parcours accompli et de mettre en lumière l'engagement de chacun tout au long de l'année.

 « Se dépasser pour réussir » prouve s’il en est que la filière STMG a du talent. Un projet collectif sublimé par la présence de cette triplette de champions inspirante et attachante.

Projetée tout au long de la conférence sur l’écran géant de l’amphithéâtre, une citation résume parfaitement la dynamique de ce projet : « Plus haut, plus loin, ensemble. Parce que seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin ».

_______________________________________________________________

Bonus : Retrouvez les réactions des sportifs et personnels de l’établissement à l’issue de cette rencontre 

Quel est votre sentiment sur cet échange ?

Aurélien Sadorge :

C’est un exercice que j’ai beaucoup aimé même si parler devant du monde, c’est un peu un défi pour moi, je suis du genre timide. Le fait de le partager avec des champions olympiques et mondiaux était très impressionnant, surtout pour moi (rires), parce que c’est un peu le graal dans une carrière de sportif. Cet échange avec les élèves fut un moment très riche, j’ai beaucoup apprécié.

Carole Montillet :

Je fais souvent des interventions dans les lycées, mais le faire avec d’autres sportifs dans des disciplines différentes, c’est génial parce-que j’ai aussi appris beaucoup de choses. On se remet aussi en question avec les demandes des élèves, c’était vraiment un super moment avec énormément de sujets abordés.

Maurice Manificat :

Quand on était jeunes, nous n’avions pas trop ces moments d’échanges avec des sportifs. Je trouve que c’est vraiment agréable de partager notre vécu, on ne sait pas quel impact cela aura, mais c’est plaisant de le faire, et contribuer à notre échelle à leur avenir.

Anne-Sophie Thiebaud, professeure d’économie-gestion et responsable du projet :

On a vécu un très joli moment. C’est presque frustrant car les élèves n’ont posé qu’un dixième des questions qu’ils avaient préparées, dont certaines très pointues. En mai, lors de la restitution du projet, on invitera tous nos partenaires et on espère qu’on pourra trouver un temps pour finir de les interroger.

David Ines, proviseur :

Ce fut un superbe moment. L’idée est d’arriver à se projeter et valoriser chez nos élèves et étudiants la construction de leur parcours et de leur identité.

S’il ne fallait ne retenir qu’une seule chose de cette rencontre ?

Aurélien Sadorge :

Je choisirais la persévérance pour atteindre ses objectifs, peu importe où en est l’élève, ne pas lâcher, garder un espoir et avoir un rêve qui leur permette d’avancer et conserver de la motivation.

Carole Montillet :

Je dirais l’épanouissement et déconstruire ces clichés véhiculés notamment par les réseaux sociaux : « Le sport c’est facile », « Tu gagnes beaucoup d’argent » qui finalement mettent à mal les valeurs du sport et de l’olympisme. Le sport, c’est justement le contrepied de cela, on ne peut pas tout avoir et tout de suite, cela demande beaucoup d’efforts et d’abnégation.

Maurice Manificat :

Pour moi, c’est le cheminement pour aboutir à un projet. La vie, ce n’est pas que des objectifs pécuniers ou une médaille. L’essentiel dans la vie, c’est d’être heureux et épanoui. Essayer aussi de garder les valeurs du sport pour les appliquer tous les jours et être bien dans ses baskets.

Mise à jour : janvier 2026